SíCTION
VI.
Le régnéde KilijArslan II.y. Sultande Rourn.
Le Sultanojsre riesconditionsde paix.
Retour deManuel.
La paixviolée.
l9 o HISTOIRE GENERALE DES TURCS. Liv. II. Chap. IV.brisent sous des montagnes qui nous accablent ? Ou avions-nous à faire dantcette vallée de géinijfemens b de larmes , dans cette descente d'Enfer , au milieude ces précipices & de ces abîmes ì Nous n avions point de différend avec cesBarbares , qui nous ont enfermés dans cette chaîne de montagnes. C’eji vous ,qui nous avez conduits à la boucherie pour nous immoler comme des victimes. Laliberté de ce discours toucha l’Empereur, & le fit résoudre à se soumettreà la nécessité des circonstances. ^
Dans le te ms qu’il ne restoit plus sembloit-il de ressource aux Romains,les principaux de la Cour du Sultan , qui durant la paix recevoient desperdions & des préscns de l’Empereur , persuadèrent à leur Maître d'of-frir la paix à ce Prince. Cependant les Turcs, qui ignoroient les inten-tions du Sultan , se préparèrent dès la pointe du jour à attaquer le campdes Romains, & couroient tout autour avec des cris horribles. Les Ro-mains firent deux sorties fur eux pour les repousser , mais fans remporteraucun avantage. Sur ces entrefaites le Sultan envoya Gauras , qui fit ces-ser l’attaque, ayant salué l’Empereur à ia façon des Turcs, lui présenta uncheval qui avoir un mords d’argent, & qui étoit fort bien dressé, & il seíèrvit des termes les plus doux & les plus agréables pour le consoler. S’é-tant apperçu que Manuel avoir une veste noire fur fa cuirasse, il lui dit :cette couleur ne convient pas en tems de guerre , & est de mauvais augure.L’Empereur prit cette liberté en riant, & lui donna la veste, qui étoit en-richie d’or & de pourpre. II conclut ensuite la paix & la signa, s’obli-geant à faire démolir les Forts de Dorylée & de Sablée.
L’Empereur avoit dessein de s’en retourner par un autre chemin que ce-lui par lequel il étoit venu ; mais les guides le firent passer exprès par l’en-droit où s’étoit donné la bataille, afin qu’il vît de ses propres yeux le dé-plorable spectacle qu’il offroit. En effet tous les creux étoient remplisde cadavres, les vallées en étoient comblées, & les forêts en étoient cou-vertes. Ils avoient la tête écorchée, & les parties naturelles coupées; cequ’on dit que les Turcs avoient fait pour qu’on ne pût distinguer les Chré-tiens des Circoncis, & que personne ne pût douter de leur victjire (a).
Quand les Romains eurent paílé les défilés des montagnes, ils furentencore attaqués par les Turcs, qui les poursuivirent par bandes, & tuè-rent les malades & les blessés,qui étoient hors d état de se défendre, non-obstant tout ce qu’on put faire , pour les mettre en sûreté. On dit quele Sultan , se repentant d’avoir laisse échapper la proie qu’il tenoit, avoitpermis à ces soldats de commettre ces hostilités, qui durerent jufqu’à ceque les Romains fussent arrivés à Cône. L’Empereur s’arrêta quelquetems à Philadelphie, pour se reposer de ses fatigues. En passant il rasa lesfortifications de Sablée, mais il ne toucha point à celles de Dorylée, de-quoi le Sultan s’étant plaint, il lui répondit qu’zV fe souciait fort peu d'unTraité qui lui avoit été extorqué par force. Sur quoi le Sultan envoya Jta-paque (*) à la tête de vingt-miîle hommes d’élite, avec ordre de ravager
les
(a) N/cet. Ilist. de Man. L. VI. Ch. 1-4.
Quelque Seigneur qui avoit peut-être le titre d’dtabek, exprimé dans Atapaque :car ies Scljuciies de Rourn imitaient ceux de l’iran en tout.