HISTOIRE DE L’EMPIRE DES MOGOLS. Liv. IV. Chap. III. 327
méCaracon, & les deux armées fe préparèrent auílìtôt au combat. On A. D. J.C.entendit bientôt la grande trompette Kerrena , qui avoit quinze pieds de 1218.long, les timbales d’airain, appeliées Kus, les tambours, les fifres & <iuJ^ e re ^tres inítrumens militaires, sonner la charge. Les Karazmiens, qui étoient jfiru ë ^tous Mahométans, implorèrent le secours de leur Prophète, & les Mon- - ,
gols s’aílurant fur leur bonheur & fur l’expérience de leur Grand-Khan fepromettoient une victoire çomplette. '
Juji Kajsar , second srere de Jer.ghiz Khan, commandoit le Mangaìay (*);il s’avança vers les premiers rangs des ennemis, & défit les troupes qu’011lui opposa. Alors Jalalo’diin fils du Sultan commença le combat, & char-gea le Prince Tushi ou Jujì, qui étoit à la tête du premier corps des Mon-gols; & après une assez rude & longue charge Jaìalo'ddin remporta l’avan-tage; aussitôt on n’entendit que des cris de joie dans l’armée des Karaz.miens, qui fe croyoient déja sûrs de la victoire. Mais Jenghiz Khan , peuétonné de ce premier succès, envoya d’autres troupes fous Tuli son qua-trième fils pour soutenir Tushi, pendant qu'à la tête de son corps de ba-taille il alla avec son fils Jagatay fondre fur le Sultan, qui maltraitoit ex-trêmement son aile gauche. Ce choc fut terrible; & malgré l’exemplede leur Roi, qui combattoit avec une valeur extraordinaire, les Karaz-miens commençoient à plier, quand Jaìalo'ddin^ qui avoit défait les nou-velles troupes qu’on avoit envoyées contre lui, vint joindre son pere, ré-tablit le combat, & les Karazmiens retournèrent à la charge avec plus defureur qu’aupara\ ant. Le Prince fit en cette occasion des actions surpre-nantes, & les soldats de même que les Officiers firent paroître une valeurextrême.
- D’un autre côté les Mongols ne démentirent pas leur bravoure ordinai-re, jamais ils ne s’étoient portés plus vaillamment ; & comme ils avoiencaffaire à des hommes aussi braves qu’eux, il y eut un carnage épouvanta-ble , & la victoire balança long - tems entre les deux partis. Enfin JenghizKhan , qui avoit un grand corps de réserve fous la conduite de son filsO fiai, lui manda de marcher & daller charger les ennemis en flanc. CePrince exécuta cet ordre avec beaucoup de courage, & quoique ces trou-pes fraîches fissent une horrible boucherie, les Karazmiens soutinrent en-Core cette derniere attaque avec une grande fermeté ; la nuit sépara enfinfcs combattans, chaque parti fe retira dans son camp ; on fe fortifia dePart & d’autre pour ne point être surpris, & dans le dessein de recom-mencer le combat le jour suivant. Mais lorsque le Sultan examina l’etatfie ses troupes, & qu’il les trouva diminuées de plus de cent-soixante mil-
hommes tués ou blessés, il ne pensa plus qu’à fe mettre en état de n’ê-lr e pas sitôt attaqué, fur-tout ayant appris par ses Espions que l’armée desMogols,bien-que maltraitée,étoit encore beaucoup plus nombreuse que laPenne. II se retrancha de maniéré, que Jenghiz Khan ne sut pas assez hardiPour entreprendre de le forcer (a). Pen-
(a) Abulkayr , ap. De La Croix, p. 199-203.
(*) Mangalay fe prend quelquefois pour l’avant-garde, quelquefois pouf les eníans per-a Us, & quelquefois pour les coureurs.