374 HISTOIRE DE L’EMPIRE DES MOGOLS. Liv. IV. Chap. V.
A.D.J.C. taie, qu’ils traitèrent d’abord avec rigueur, à cause de la résistance qu’iîs'L * 2 Y avoient trouvée j mais ensuite ils prirent le parti de ménager le Pays Ade Jenghiz ^ es souples, pour obtenir du Roi la liberté du passage par Derbend. MaisKhan. ce Prince, craignant qu’ils n’eussent dessein de se saisir de cet importantK poste, & de le chasser de ses Etats , leur refusa leur demande sous diversprétextes. Les Généraux Mongols ayant employé inutilement les prières,userent de menaces, ce qui leur fit obtenir ce qu’ils demandoient, & mê-me des Officiers pour les conduire.
En passant à Derbend , ils admirèrent de quelle maniéré la Nature &l’Art avoient travaillé pour la défense de ce passage, & ils avouèrent qu’onne pouvoit le forcer, il y a entre la Mer & la Montagne un espace d’unquart de lieue de largeur, fermé par deux murailles, bâties de gravier & decoquilles pétris ensemble , ce qui fait une composition plus dure que lapierre ; & ces murailles , qui ont six pieds d'épaisseur, font fondées fur leroc , & règnent de la montagne jusqu’à la mer , deforte que les passansfont obligés de passer par les portes de fer (*) qui font à ces murs. L’es-pace que couvrent les murs fait le tiers de la ville , qui s’appelle Shahr-yûn-nân, c’est-à-dire la ville des Grecs, parcequ’elle fut bâtie par ordre d’A-lexandre le Grand; un autre partie de la ville est au pied de la montagne,& la troisième fur le penchant vers le sommet ; la seconde est la plus peu-plée ; & les trois ensemble ont près de trois quarts de lieue de longueur,quoiqu’elles soient peu larges. II y a une espece de Port, fermé par unechaîne attachée à deux Forts, qui font de l’un & de l’autre côté. Toutcela est encore défendu par un château , qui est au haut de la montagne.Mais il y a peu de commerce ( a ).
Défont les Les Orientaux disent que depuis qu’autrefois Alexandre conduisit sonDaghe- armée par Derbend, on n’en connoît point d’autre qui y ait passé que cel-íìans. )e de Jenghiz Khan. Les Alans , qu’on appelle aujourd’hui Tartares de
Daghestan, furent très-surpris de voir tout à coup paraître les Mongols, &craignant qu’ils n’en voulussent â leur liberté , ils rompirent les chemins,& ruinèrent par-tout ce qui pouvoit aider à leur subsistance. Les deuxGénéraux, irrités de ce procédé, prirent & ruinèrent Tarkû la principalede leurs villes. Ils surprirent ensuite Terki, Capitale desCircastiens, qui s’é-toient joints aux Alans , aussi bien que les Tartares Kahnuks (f) , voisinsdu Wolga & de la Mer Caspienne. Cependant les Généraux Mongols,prévoyant que si ces trois Nations mettoient fur pied toutes leurs forces,ils ne pourraient leur résister, envoyerent des Exprès aux Tribus Kalmu-ques, pour leur représenter qu’ils étoient Tartares comme eux, qu’ils nedemandoient qu’à s’en retourner dans leur Pays, & qu’ils les prioient d’ê-tre les arbitres de cette guerre. Les Kaimuks gagnés par ces raisons , &
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(a) De la Croix , p. 443-445, Abttlgbazi Khan, p. 308.
(*) Appellées de-lâ Demir Kapi par les Turcs, & Bahal ahwah, c’est-à-dire la Portedes Portes, par les Arabes. Darhend ou Derhend signifie en Persan la fermeture des Portes.
(t) Nommés fans-doute ainsi, parcs qu’ils étoient Païens, au-lieu que les deux autresNations étoient Mahométanes ou Chrétiennes.