6 histoire universelle.
moteur de touc, quoiqu’imtnobile lui-même ( a ), éternel, indivisible,sans aucune quantité (b); & affirme, que s’il n’y avoit que de la ma-tière dans le Monde, il n’y auroit point de cause primitive, mais uneprogression de causes à l’infini (c); ce qui est absurde (d). Si bien quela véritable idée de ce grand Philosophe étoit, que quoique le Monden’eût pas été produit dans le tems, il étoit pourtant l’ouvrage d’un Etresuprême (e).
Cessentimensd 'Aristote, touchantl’EternitéduMonde, ont été embras-sés par plusieurs de ses Sectateurs, & entr’autres par quelques savans Maho-métans, qui ont reçu à cause de cela le nom de Dahriens ou Eternalifles.On a soupçonné al Farâbì, al Iiendi , Ebn Roshd, & Ebn Sina ( les deuxderniers font plus connus fous les noms d’Averroès & d ’Avicenne ) d’avoirdonné dans la même opinion ; & c’est pour cette cause que leur Philoso-phie a été attaquée de tous côtés, & qu’eux mêmes ont été designés plusd’une fois par les noms odieux d’Ahées & d’Incrédules (/).
Quoique Platon , comme nous le verrons dans la fuite, reconnut claire-ment que le Monde a été créé de Dieu, cependant pour s’être servi dequelques expressions qui sembloient insinuer que cette création s’est faitedans un tems indéfini; comme quand il dit, que le Monde doit nécessaire-ment être une éternelle ressemblance .d’une Idée éternelle (Z) ; ses Secta-teurs, ou la plus grande partie d’entr’eux, qui suivoient i’opiniond 'Aristotesur ce sujet, ont profité de ces expressions, pour leur faire signifier, quepar la création du Monde il ne falloit pas entendre une création dans letems, mais seulement en ordre de nature & de causalité (h) : c’est-à-dire,que la volonté de Dieu, & sa puissance d’agir, étant nécessairement aussiéternelles que son essence, les effets de cette puissance &de cette volontédoivent être supposés coëternels à la volonté & à la puissance mêmes; toutcomme la lumière procèderoit éternellement du Soleil (i) , qu’une ombreferoit formée par un Corps interposé, ou l’impression d’un Cachet sur de lacire, si les causes respectives de ces effets étoient supposées éternelles (k).Ainsi, exister de toute éternité, & être produit par un autre, n’étoitpas,comme on voit, des choses incompatibles dans le Système de ces Philoso-phes. Et comme ils surent conduits à cette opinion par la seule considéra-tion de la nature de Dieu, c. à. d. fa volonté bienfaisante, & son pouvoirproductif (0 ; aussi avouérent-ils que le Monde, nonobstant son éternité,
(a) Diogen. Laert. iii vita Arist. p. 286.£d. Ain st. 1692.
(í) Aristot. In Phyf. L. VII. c. 1. &c.(c) Idem in Metaph.
W > Voyez Clarke Démonstration &c. p.35 - & Cudworth. Syst. Intel!, p. 253.
(O Simplic. in Aristot. Pbys. L. VIII. &L. I.c. 1.
(f) Vid, D’Herbelot. Biblioth. Orientalis,p. 303. & Elench. Scriptorum prsfix, Epist-Hai Ebn Yokdhan.
(§) Plato in Timœo, & apud Cicer. deUniv.
(L) Plotinus En. 3. L. II. c . 1. & E11. 2.L. IX. c. 3.
(0 Idem En. 5. L. VIII. c. 12. Sallust. deDiis & Mundo, c. 7. Proclus in Timseum,L. II, pag. m.
(K) Dr. Clarke Démonstration, &c. p.37.Voyez auíïì les Auteurs qu’il cite, & Philon,de Incorruptibilitate Mundi.
CO I’rocl. in Tira. pag. 116.