DE LA CREATION DU MONDE, Introduiïwn. 7
pouvoit en quelque sens être dit avoir été créé, comme ayant été produitpar une cause étrangère. Proclus lui-même, ce grand défenseur de l’Eter-nité du Monde, reconnoit ouvertement la Génération des Dieux InférieursL du Monde; entendant par-là, non pas une production temporelle,mais leur procession ineffable d’une Cause supérieure <S primitive (a).
Les Platoniciens modernes étoient si amoureux de cette notion touchantl’Eternité du Monde, que d’un côté ne voulant pas l’abandonner, &sou-haitant de l’autre de sauver les apparences, ils ont tâché, par des constructionsforcées, d’accommoderles paroles de leur Maître, particulièrement son Timée tà leur sentiment; &, comme on l’a remarqué depuis longtems, ils se fonttournés de tous côtés, & ont fait toutes sortes de violences au Texte, pourcacher & nier la génération du Monde, comme si c’étoit quelque chose d’af-freux, sur quoi il failoit garder le plus profond silence ( b ). Personne n’igno-re que le Platonisme a été introduit de bonne heure dans l’Eglise ; & quemême le Dogme de l’Eternité du Monde a été favorablement reçu par quel-ques-uns,& en particulier par Origène (c ), quoique vigoureusement attaquépar d’autres. 11 n’est pas inutile néanmoins de remarquer, que cette Doctri-ne de la Co-éternité du Monde avec Dieu fut dans le sixième siècle en-seignée publiquement dans Alexandrie par Ammonius Disciple de Proclus (d) t& même avec succès.
A l’argument dont les Platoniciens fe fervent pour prouver l’Eternité Coniidé-du Monde, & qu’ils tirent de la nature & des attributs de Dieu; on a ré ration depondu, que quoique Dieu soit essentiellement & nécessairement bon, les com- J? ré P° n -munications de fa bonté ne laissent pas d’être les effets de fa volonté, &non pas purement de fa nature. Car Dieu, étant un Agent libre, auroit gumentpu s’abstenir de créer le Monde, ou auroit pu le créer d’une autre manière; des p loto*&, par conséquent, ceux qui rendent les productions de la bonté divine niciem en.nécessaires, asm d’établir l’Eternité du Monde,& que l’Etre suprême euttoujours un objet fur lequel il pût répandre ses grâces, lui ôtenc autant du duMondei.côté de fa félicité, qu’ils veulent paroître lui faire honneur à l’égard defa bienfaisance. Car Dieu ne sauroit être sans son (caractère bienfaisant ;
& par conséquent si ce caractère demande nécessairement quelques créa-tures pour s’exercer, Dieu ne sauroit être parfait ou heureux fans créa-tures; puifqu’elles sont les productions nécessaires de fa bonté: & ainsil’éxistence de la Créature devient nécessaire .à l’existence de Dieu , cequi est souverainement injurieux à la majesté & à la perfection de la Na-ture Divine (e). Ces conséquences sont très légitimes » & nous ne voyons-Pas ce qu’un Platonicien pourroit y répondre, en cas que ç’ait été vérita-blement la Doctrine de cette Secte, que le Monde est un effet involontai-re de la nature de Dieu. Mais la plupart des Platoniciens sont dans d’autreg,
(a) Procl. m Tim. p. 85. Vid. etiam Sai- (d) Zacbarias Mitylenœus in Biblioth.. P®-lust c. 13. Cudworth. Syst. Intell. p. 253. mina. Vol. II. p. 33»- Ed. Paris. ,644.
{£) Plutarch. de Psychog. Plat. p. 1013. (e) Vide Stillingíleet, Origines Saciv gag.
(c) Vide Methodium de creatis apud Pho- 275. &c.tiuœ p. 932-