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1/2 (1770) L' histoire universelle jusqu'à Abraham, l'histoire d'Egypte, & l'histoire des anciens peuples de Canaan
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1(5 HISTOIRE universelle.

surde de concevoir la Madère comme étant la seule Substance, ainsi qu’ostvient de le démontrer; il est plus absurde encore de supposer deux ou plusde deux Etres éternels,ce qui pourtant n’a point paru contradictoire auxAnciens. Mais cette supposition impie, que Dieu n’est point Créateur dela Matière, étant une fois posée comme vraie, ces Philosophes, qui fai-soient de Dieu, s Artisan, le Conservateur, & le Gouverneur du Mondemalgré leur orthodoxie apparente , raisonnoient bien moins conséquem-ment que ceux, qui ne lui en attribuoient aucun soin.* Car si la Matièreest un Etre éternel, incréé, & distinct de Dieu, elle doit uniquement sonexistence à sa seule nature, ne dépendant d’aucune autre Cause, ni par rap-port à son essence, ni à l’égard de ses propriétés. Et il est absolumentcontraire à la Raison, qu’un autre Etrepourroit avoir assez de puissance surla Matière pour la changer entièrement, & former un Monde de ce qui Inel’avoit point été pendant toute l'éternité. Si l’on prétend que le droit deDieu pour agir de cette manière est fondé sur la supériorité de son pouvoir,toutes les usurpations seront autorisées par la même raison, & toutes les no-tions du Juste & de l’Injuste confondues. Que si l'on dit, que Dieu tientune pareille conduite à l’égarddela Matière par un principe de bonté, dansla supposition de son insensibilité & de son imperfection originelle; on ré-pond fort bien, qu’un pareil ouvrage ne seroit pas tant une preuve de labonté de Dieu, que d’un foin inutile qu’il se donneroit,en tâchant démet-tre en ordre ce qu’il n’a point créé, comme si quelque ordre ou quelqueperfection pouvoit manquer dans un Etre qui a existé par lui même de tou-te éternité; car tout ce qu’on ajoute à un tel Etre eít étranger à fa nature, &par cela même, un défaut. Dieu par conséquent, dans cette supposition,auroit commencé son ouvrage par une mauvaise action, en dépouillant deson état naturel une Substance incréée aussi bien que lui, & sa propreSœur (a).

D’un autre coté, ceux qui n’attribuent qu’à la matière & au mouvementla formation de l’Univers, fans y faire intervenir Dieu,quoiqu’ilsévitentles absurdités dont nous venons de parler , tombent néanmoins dans d’au-tres embarras dont ils ne sauroient se tirer, en supposant le mouvement dela Matière éternel ; ce qu’ils font obligés de faire, s’ils ne veulent pas ren-verser leur propre thèse,& admettre un mouvement qui a été produit derien. Mais en supposant que le mouvement soit éternel, il doit ou êtreproduit de toute éternité par quelque Intelligence éternelle (ce qui intro-duiroit de nouveau dans l’Univers le Dieu qu’ils en ont exclu) ou le mou-vement doit être nécessaire & existant par lui-même; d’où il s’ensuit,quece doit être une contradiction dans les termes, de supposer une portion dematière en repos, & qu’il puisse jamais y avoir eu plus ou moins de mou-vement dans l’Univers qu’il n’y en a actuellement; deux conséquences tropabsurdes & ridicules pour qu’on puisse les admettre: ou bien fans aucunenécessité dans fa propre nature, & fans aucune cause nécessaire externe,'

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(«) Hiéroclès apud Photium m Biblioth. Art. Epicure, Remarq. S. & Art. Hiéro»Cod. CCCLI.p.1380. Vid. Bayle Dict. Hiít. clés u bi supra.