DE LA CREATION DU MONDE, IntroMìon. ì?
le mouvement doit avoir existé de toute éternité par une communicationsuccessive sans sin ; ce qui est aussi une évidente contradiction. Car unesuccession infinie d’Ëtres purement dépendans, fans aucune cauíè primiti-ve , est une fuite d’Etres-, qui n’a ni nécessité, ni cause, ni aucune raisonau monde de son existence, ni en elie-même, ni hors d’elle, c’est-à-dire,que c’eit une parfaite impossibilité. A la vérité un Auteur moderne (a)s’est hazardé d'affirmer, & a prétendu prouver, que le Mouvement, c’est-à-dire ì'Fffort pour se mouvoir, est essentiel à la Matière: raisonnementdont la foiblesse se peut démontrer par cette seule considération. U Effort pourse mouvoir dans quelque particule de matière, doit tendre vers un certaincôté déterminé , ou vers tous les côtés : un Effort pour se mouvoir vers uncertain côté déterminé ne sauroit être essentiel à une particule de matière,mais doit venir de quelque cause extérieure, parce qu’il n’y a rien dans laprétendue nécessité de nature d’une particule, pour en diriger le mouvementnécessairement & essentiellement plutôt d’un côté que d’un autre: & unEffort de mouvement égal vers tous les côtés à la fois; est ou une contra-diction formelle, ou ne sauroit produire autré chose qu’un repos éterneldans toutes les parties de la Matière (b).
D’un autre côté, l’état où ces Philosophes conçoivent que hMatière a éternellement été avant la formation du Monde, est sujet aussià différentes objections. Ils supposent presque tous que la Terre est sortiedu Chaos, ou d’une masse obscure, fluide, fans distinction d’élémens, &composée de toutes sortes de parties (c), mais fans ordre, ou fans aucuneforme déterminée. Ils attribuent à ce Chaos un certain mouvement, ve-nant de faction & de la réaction du chaud, du froid, du sec; &de l’hu-mide,aussi-bien que des différentes tendances des particules de la terre &de l’eau en bas, & de celles de l’air & du feu en haut. Us ont assez malimaginé que ce mouvement a été irrêgulier (d),jufqu’à ce qu’il fut arrêté,ou changé dans un mouvement naturel & régulier, soit par hazard; soit parune Puissance Divine. Mais Jrijiote a remarqué depuis longtems , quela supposition de ce Mouvement irrêgulier se détruit elle-même, parce qu’ilest impossible que ce qui est infini & éternel ait un Mouvement déréglé &peu naturel; d’où il s’ensuit que la production du Monde auroitplutôt ser-vi à bannir de l’Univers le vrai état naturel ,qu’à l’y introduire ; c’est pour-quoi il dit qu 'Anaxagore paroit avoir eu raison, de commencer fa formationdq Monde par la supposition de la Matière en repos (e). Par où il paroit
(«) Toland. Lett. III.
(ô) Vid. Dr. Clarke Démonstrat. pag. 14,
25, & 66 .
00 Mr. Bayle suppose qu’Ovide a conçu leChaos comme entièrement homogène, par-ce que dans fa belle description qu’il en faitdans le I. Liv. de ses Métamorphosés, il dit,que la Nature n’avoit alors qu’une feule face,ce qui ne s accorde pas avec ce qu’il ajoute unmoment après des principes opposés qui en-
2me L C
troient dans la composition'du Chaos. Mai»,cette expression doit plutôt être entendue deruniformité du tout, comme y ayant égale-ment dans chaque partie un mélange confusde tous les élèmens. Vid. Dict. Hi[i. Art.Ovide, Rem. G.
Qd) Plato in Timato, apud Aristot.deCœ-lo L. III. c. 2. p. 370. Ovid, Metam. L. I.
(e) Aristot. de Ccelo, loco citato.