18 HISTOIRE UNIVERSELLE.
que si nous admettons que le mouvement des particules du Chaos a été na-turel, & d’une manière conforme à leurs différentes propriétés, la possibi-lité que ia Matière ait continué à être dans cet état depuis l’Eternité estdétruite, parce qú’alors nous introduisons un Principe, qui séparera néces-sairement les différentes sortes de corps les uns des autres, & cela dans uncertain espace de tems déterminé. Ce princip e aussi rend superflue l’Assistan-ce d’une Divinité ; car si l’on-reconnoit que le Chaos a en lui même toucle pouvoir interne, qui est nécessaire pour la séparation de ses parties, Scpour que chaque Elément aille occuper la place qui lui est propre, il esttout à fait inutile que quelque cause extérieure y intervienne.
Ainsi, pour bien raisonner touchant la production du Monde,nous de-vons considérer Dieu comme Auteur de la Matière, & comme en étantaussi le premier Moteur. Si nous ne pouvons élever assez haut nos médi-tations pour concevoir une Création proprement dite, de quelque côté quenous nous tournions, nous nous trouverons forcés d’affirmer & de sup-poser des choses directement contraires à la Raison, Sc nous nousperdrons dans un labyrinthe infini d’abfurdités & de contradictions (a).
Mais quoique ceux qui ont été dans ce sentiment se soient trompés àl’égard de l’Orîgine du Monde, ils avoient pourtant raison de lui attribuerun commencement, & de le faire sortir d’un Chaos. Car quoique le temsprécis de la formation ne pouvoit pas être exactement connu, fans révéla-tion ; cependant, même encore aujourd’hui, il nous reste plusieurs preuvesconsidérables & très fortes, qui rendent extrêmement probable, que cetteprésente constitution de la Terre (pour ne parler que d’elle) n’estpasdefortancienne date. Les changemens qui de toute nécessité doivent naturelle-ment arriver en la Terre dans une vaste étendue de tems, par des pétrifi-cations, des montagnes englouties, des terres dont la mer s est retirée, &un nombre innombrable d’autres accidens ; la Tradition universelle desNations les plus anciennes, tant policées que barbares,• le nombred’Hom»mes dont la Terre est à présent peuplée; l’invention assez moderne detous les Arcs & de toutes les Sciences nécessaires ; la brièveté de l’Histoire duMonde, qui ne remonte qu’à fort peu de siècles; les contradictions & lesabsurdités manifestes de ce petit nombre de Mémoires auxquels on attri-bue une plus grande antiquité; fimpossibilité que des Déluges généraux, oud’autres accidens, auroient souvent détruit la plus grande partie duGen-re-humain, avec le souvenir de toutes les actions & de toutes les inventionsprécédentes , fans que jamais pourtant tous les hommes ayent été dé-truits; rendent vraisemblable, que notre Terre n est guères éloignée de.son origine. Et il ne faut point douter, que la Doctrine de ces anciensPoètes & Philosophes, qui enseignoient, que le Monde a eu un commen-cement , ne fût fondée fur des 1 raditions plus anciennes encore , quiétoient des autorités pour eux, comme leurs témoignages en sont àprd*sent pour nous (b).
(«) Vid. Bayle, Dict. HiíL Art, Ovide, (D Vid. Dr. Nichols-’s Confér. avec utìLW, O* ' Béiflei Vol. I, p, i, p, rL. &c. Dr. Barne*