DE LA CREATION DU MONDE, Introduction. 31
cause, que dans !a suite des tems les uns ont interprété ses opinions d’unemanière, & les autres d’une autre, & qu’il est tantôt représenté commeun Athée (a), & tantôt comme un Défenseur de l’Existence d’un Dieu.
Mais s’il y a moyen de justifier Tbalès de l’imputation d’Athéisme, la Opinionchose n’est pas possible à l’égard d’ Anaximandre , son successeur immédiat;car il suppose certaine Matière primitive & infinie, qu’il ne nomme, ni Air,ni Eau, ni Terre, & dont il fait le seul Principe de l’Univers(&): il ajoute quecette Matière a servi à former les Corps Célestes, & une infinité de Mon-des; & que la Génération & la Corruption venoient de leur mouvementcirculaire depuis toute éternité. II affirmoit ausfi, que les Principes duChaud & du Froid, ayant été séparés lorsque ce Monde fut fait, ii se formaune sphère de feu autour de sair qui environne la Terre, à peu près com-me l’écorce qui sert d’enveloppe à un Arbre; & que cette sphère ayant étéensuite divisée en d’autres corps sphériques plus petits, le Soleil, la Lune,
& les Etoiles furent les effets de cette division (r). II croyoit déplus queles prémiers Animaux avoient été engendrés dans l’humidité, & couvertsd’écorces pleines d’épines qui servoient à leur défense: qu’ensuiteces écor-ces s’étant ouvertes par la sécheresse, les Animaux sortirent de leurs enve-loppes , mais ne vécurent que fort peu de tems (d). Que les Hommesfurent engendrés au commencement dans le ventre des Poissons, &qu'ayant été nourris jusqu’à ce qu’ils eussent la force de.pourvoir à leurspropres besoins, ils avoient ensuite été vomis fur le sec. La raison qu’ilrendoit d’une opinion si étrange à l’égard de l’Origine du Genre-humain,étoit, que les autres Animaux peu après leur naissance savent d’aborddiscerner leur nourriture, au-lieu que l’Homme seul à besoin dans sonenfance d’être nourri pendant un espace de tems assez considérable: d’ouil concluoit, qu’il nq se pouvoir pas qu’il eût été conservé au commence-ment d’une autre manière, que celle qu’il lui avoir plû d’imaginer (e).
De ce qu '/lnaximandre a attribué la formation de toutes choses à unPrincipe infini, quelques Ecrivains modernes,. & même Clément Alexan-drin (/) parmi les anciens, ont inféré fans raison,que par ce Principe iln’avoit point entendu une Matière stupide (g), mais Dieu, qui est une Intel-ligence fans bornes. Mais il est clair que les Dieux qu’il admettoit, tiraientaussi leur origine d’une matière infinie, dont il fupposoit que toutes chosesavoient été formées, & dans laquelle toutes dévoient un jour se résoudre ;car il croyoit que les Dieux étoient engendrés, & ensuite cessoient detre
losophie Naturelle. Mais Thêopompe ( apudLaërtium in Pherec. p. 74. ) attribue cethonneur à Phèrécyde , dont le Traité fur !eCommencement des Cliofes existoit encoredu tems de Laërce. ibid. 76.
(a) Cudworth, Intel!. Syfî. p. 124.
(b) Plot. de Placitis Philos. L. I. c. 3, Diog.l.aërt. íh Anaximandro, p. Siroplic. inArirtot. PLyfic. L. I. c. s.
(<?) Plut. in Strom. apud Euseb. de Pra-p.Evang. L. I. c. 8.
(et) Idem de Placitis Philos. L. V. c. i§.(e) Idem apud Euseb. ubi sup. & in Symp»L. VIII. qu. 8.
(/) Clem. Alex.in Protrept. p. 4,3.
(§) Cudworth’s Intel!. System, p. 124,