DE LA CREATION DU MONDE, Intmluàion. 35
ver la liberté, outre le double mouvement des Atôroes connu avant lui,savoir, le mouvement perpendiculaire & celui de réflexion, ce Philosopheen a inventé un troisième, supposant que les Atomespouvoient s’éloignerd’eux-mêmes.dela ligne droite, &se mouvoir obliquement, même dans unespace vuide, & sans le moindre choc (a) ; & c’est dedà, disoit- il, que procé*doit la liberté. Cette déclinaison lui servoit encore à expliquer la rencontredes Atomes; rencontre qui auroit été impoflìble, si le mouvement de tonsavoit été dirigé vers le même côté (/-). Mais la différence la 'plus renr-;v*-quable entre les deux hypothèses, quoiqu’ony ait rarement fait attention,est,qu 'Epicure n’admettoit aucun autre Principe que les seuls Atomes, au-lieu que Démocrìte les suppofoit animés (c); supposition pour le moins auffiabsurde que celle de leur existence & de leur mouvement spontané, maisqui n’a été faite qu'à cause du grand besoin que le Système en avoit (d).
A l’égard de la production des Animaux & du Genre-humain , voicicomment la Philosophie d'Epicure tâchait à’en rendre raison. La Terre nou-vellement formée contenoit les semences de toutes Choses: ces semencesplacées dans des lieux humides, & échauffées par le.Soleil, se développè-rent insensiblement,& passèrent par Tétât d’Embryons à celui de Créaturesparfaites, auxquelles la Nature fournit Taliment qui leur étoit nécessaire, enfaisant sortir une espèce de lait des veines de la Terre. Au reste, disent lesPartisans de ce Système, cette forte de fécondité de la Nature dans fa pre-mière jeunesse, ne doit point paroître étrange, fl Ton fait attention au nom-bre prodigieux de petites Créatures & d’Insectes, qui sont produits jour-nellement de cette manière. Mais à la fin, les semences de la Terre étantépuisées,cette Mère,semblable à une Femme qui a passé iaged’avoir desenfans,ne fut plus capable d’engendrer les Animaux les plus parfaits, quidepuis n’ont été formés que par copulation (e).
Ce Système des Atomes, négligé par Platon & par Aristote, quiontsob- Réflexionstitué des idées, des formes, & des qualités , aux propriétés Méchani- sur ce Sys-ques de la Matière, fut mis en grande vogue par Epicure, & l’emportamê- l ême desme après fa mort fur toute autre Philosophie (/); quoique décrié avec rai- Atomes *son par les autres Sectes, à cause de TAthéisme auquel il paroissoit condui-re. Si Démocrìte avoit seulement supposé que Dieu est une Intelligence pla-cée dans une Sphère de Feu, & est T Ame du Monde (g), il n’auroit pasété si blâmable, que d’enseigner, comme il a fait, que les images des Objetsqui se présentent à nous de tous côtés, auffi-bien que la Nature de qui sortentde telles images,& même notre intelligence, doivent être mises au rangdes Dieux (/?)._ Par où il paroit que ce que Démocrìte appelloit Dieu, n’enavoit, ni Tunité, ni Téternité, ni l’immutabilité, ni aucune autre propriété
(a) Lucret. L. II. vers. 1 16. &c.
(b) Bayle Dict. Hist. Arc. Epicure Rem. U.
(c) August. Epist. 66.
O) Bayle Dict. Art. Leucippe. Rem. E. &Art, Epicure Rem. F. a P égard des autresdifférences entre la Doctrine de Démocrìte
& celle â'Epicure, on peut consulter Cicé-ron de Finib. L. I.
(e) Lucret. ubi supr.
(/') Lactanc. Div. lnst.'L. III. c . 17,
(g) Plut. de Plac. Phil. L. III. c. 7.
O) Cicer. de Nat. Deor. L. I.
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