Opinionde ceuxqui ad-mettentun Etreintelli-gent avecl’iíternitéde la Ma-tière; &
36 HISTOIRE UNIVERSELLE,de la Nature Divine ; & cependant il n’y a pas longtems qu’une Opinion àpeu près pareille a été avancée (a), dans la supposition que nos idées fontDieu, & quelles ne sauroient être les modifications d’une Intelligencecréée (£). Pour ce qui regarde Epicure , il reconnoissoit à -la-vérité des-Dieux, & que ces Dieux méritoient d’étre adorés à cause de l’excellencede leur nature, quoiqu’il n’y eût rien à espérer d’eux, ni à craindre (c) ;car il ne leur attribuoit ni la Création, nì le Gouvernement du Monde. Mal-gré cela, un très savant Homme a entrepris depuis peu la défense d’£pse«-re par rapport à ce dernier point, & a soutenu qu’il ne nioit pas une Provi-dence Divine (d). II supposoit que les Dieux sont immortels, & souverai-nement heureux, mais d’une félicité qui confiíloit dans l’inactìon dedans la.tranquilité ; qu’iis ont une forme humaine ; & que fans avoir ni corps nisang, ils ont cependant quelque chose d’analogue (e)j. &, de peur depa-roître vouloir détruire leur immortalité, il enseignoit qu’ils n’étoientpointcomposés d’Atômes, comme les autres Etres (/),quoique quelques Ecri-vains ayent affirmé le contraire par erreur (g).
Personne n’ignore que cette Philosophie Corpusculaire a été résuscitéepar quelques Modernes, quirejettant l’éternité des Atômes,& leur mou-vement fortuit, mais suivant dans les autres points Tancienne hypothèsede Leucippe, ont réduit le tout en Système. _ C’est ce qu’a fait GajJ'èndi ,qui, à l’égard des principes des Corps, ne diffère en rien de Descartes ,qu’en ce qu’il a retenu le Vuide. Les Théologiens Scholastiques parmiles Maìmmévans , qui font très orthodoxes fur la Création du Monde,admettent aussi les Atomes & le Vuide: mais leurs Atomes font diffé-rens de ceux de Leucippe , en ce qu’ils n’ont point de grandeur, & sonctous semblables les uns aux autres ils supposent (comme Leucippe auroicdû faire) que chaque Atôme d’un corps vivant est doué de vie ; que cha-que Atome dan corps qui a du sentiment,a auffi de la sensibilité, & queJ’inteliigence réside dans un Atôme, quoiqu’ils ne soient pas d’accord en-tre eux fur la question, si l’Ame & l’Entendemenc consistent dans la collectionde plusieurs Arômes»ou dans un Atôme seul (/;).
Ceux qui, admettant l’Eternité de la Matière, reconnoissent un Etre in-telligent comme Architecte du Monde, peuvent être subdivisés en deuxclasiès; dont l’une n’admettra aucune autre Substance que la Matière»mais supposera la Matière douée d’entendement & de vie ; & dont l’au-tre tiendra Dieu & la Matière pour deux Etres distincts & indépendans-l’un de fautre.
(a) Le sentiment de Malebranche , quenous voyons toutes choses en Dieu.
O) Bay-Ie Dict. Hist. Arc. DémocriteRem. P.
(c) Cic. de Nat. Deor. L. L Seneca deBeneficiis, L. V. c. 19. & Gassendi de Víia& MoriEms Epicuri L. IV. c . 3.
(<i?) Mr. du Ronde! de Vita ’& MoribusEpicuri. Allàl. 1693;. íit 12.
(-) Cicer. ubi supr. Diog. Laërt. in Epi-euro, p- 634. 655. 66 1. Plut. de Píacit. P ILL. I. c. 7. Sext. Emp. com. Mathetn. p. 342.,(/) Cicer. ubi supr. Lact, de Ira Del,c. 10.
(F) Tertull. adv. Gent. c. 47. Aug, Epìst.LVl.
CO Maimonid. ia More Nevochim. c. 7 j,.