DE LA CREATION DU MONDE, Introduction. 41cié) est, Que le Vuide (a) est le principe & la fin de toutes choses: Quenos premiers Parens sont sortis de ce vuide, &qu’aprèsleur mort ils y sontretournés, ce que font auffi tous les autres Hommes : Que le Çenre-hu-main, les Elémens & toutes les Créatures font partie de ce Vuide ; de ma-nière qu’il n’y a qu’une Substance dans l’Univers, qui n’est diversifiée dansles Etres particuliers, que par les figures & les qualités ou configurationsintérieures; tout comme l’eau est toujours essentiellement eau,quoiqu'ellesoit quelquefois neige ou grêle, & d’autres fois pluie ou glace (L). Us dé-crivent cet Etre primitif, comme une Substance pure, subtile, infinie,fans aucune qualité morale, fans intelligence, fans pouvoir, la grande pro-priété de son essence étant de n’agir, ni d’entendre, ni de vouloir aucune cho-se (c). Cette opinion est la source d'où tire son origine celle que nous avonsreprésentée comme en vogue parmi les Japonais ( d) ; & diffère du Spinozif-me, en ce qu’elle suppose que le Monde a été autrefois dans un état fortdifférent de celui où il est à présent. Un Sectateur de Confucius a réfutéles absurdités de cette Secte, par la maxime ordinaire, que rien ne peutvenir de rien ; en quoi il paroit avoir supposé qu’ils enfeignoient que Rien (e)est le prémier principe de toutes choses, & par conséquent que le Monde aeu un commencement, sans matière ni cause eflîciente. Mais il est plusvraisemblable, que par le mot de Fuide ils entendoient seulement ce qui n’apas les propriétés sensibles de la Matière, & prétendoient désigner par-làce que les Modernes expriment par le terme à’E space, qui est un Etre trèsdistinct du Corps, & dont {'étendue indivisible, impalpable, pénétrable,immobile, & infinie, est quelque chose de réel. II est de la dernière évi-dence, qu’un pareil Etre ne sauroit être le prémier principe, s’il étoit in-capable d’agir, comme le prétendent ces Philosophes Chinois. Spinoza n’apas porté l’absurdité si loin : l’idée abstraite , qu il donne du prémier Prin-cipe, n’est, â proprement parler, que l’idée de l’Espace, qu’il revêt demouvement, pour y joindre ensuite les autres propriétés de la Matières/).
Les Siamois s’accordent, avec les Stoïciens , dans la notion qu’ils ont que Opinionl’Univers fera détruit & renouvellé alternativement. Leurs Talapoins en- des . Sía ~feignent que la figure ou le modèle du Monde est quelque chose d’éternel, mm > &mais que le Monde visible ne Test pas; car, selon eux, tout ce que nous yvoyons, vit & doit mourir; & il y aura un jour d’autres Etres pareils à ceuxque nous appercevons, d’autres Cieux, une autre Terre, & d’autres Etoiles(§). Cette Doctrine n’a pas été inconnue aux Juifs modernes, dont les d «s JuifsCabalistes expliquent l’Origine des Choses, en en faisant des émanations moderues »d’une Cause prémière, & par conséquent préexistentes, quoique peut-êtrefous une autre forme. Ils parlent auffi du retour des choses dans le prémier
00 Les mots Chinois, sont Cung hiu , qui011c été rendus en Latin par ceux de vacuum& d'inane.
(h) Biblioth. Univ. T. VII. p. 406.
(c) Act. Erudit. Lipsi» í 6gg, p, 25g,
(d) Vid. sup. p. 13.
Tome L
(<?) Acta Erudit. Lipfiœ, ubi sup.
(f) Bayle , Dict. Hist. Art. Spinoza ,Rem. B.
( g ) La Loubère Descript. de Siam, Tom.I. p . 361.
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