Buch 
1/2 (1770) L' histoire universelle jusqu'à Abraham, l'histoire d'Egypte, & l'histoire des anciens peuples de Canaan
Seite
50
JPEG-Download
 

5 0 HISTOIRE UNIVERSELLE,puisqu’il y a des maux, & que ces maux ne sauroient tirer leur origine dela volonté de Dieu, il faut en attribuer la cause à quelque autre chose, quidoit nécessairement être la matière dont les choses ont été faites («). Quel-ques Sectes modernes de Chrétiens font aussi profession, aujourd’hui, decroire la Matière incréée ,- mais c’est dans la supposition des Stoïciens , qu’iín’y a dans l’Univers d’autre Substance que le Corps ( b ).

Mais il s’en est trouvé qui ont été encore plus loin, & qui ont soute-nu, que le Chaos, ou la Matière primitive, avoit été animé par une In-telligence malfaisante, dont ils ont fait un troisième Principe existantpar lui-même. C’étoit-ìà l’opinion de P lutarque, de Numènius , & d ' At-tìcus (c). Le premier, non seulement affirme en termes formels, qu’unEsprit destitué de raison, & qu’un Corps déréglé & fans forme, ontexisté ensemble de toute éternité, aucun d'eux n’ayant eu de commence-ment ( d ); mais il montre aussi dans plusieurs endroits de ses Ouvra-ges ( e ), qu’il est fort amoureux de cette idée, en faveur de laquelle ilallègue différens argumens, prétendant que fans elle il n’est possible derendre raison de l’Origine du Mal. Car, de ce que le Mal n’a pas pu êtreproduit fans quelque Cause positive (étant ridicule de dire qu’il est entré aitMonde par accident;) & de ce que Dieu , qui est essentiellement bon, &la Matière, qui n’estqu'un Principe passif, ne sauroient être les Causes duMal,il concluoit qu’il n’en falloit attribuer l’Originequ’àun Génie malfai-sant, coéternel à Dieu & à la Matière. Si bien que tout ce qu’il y a de bon ■"dans les Ames des Hommes & des autres Esprits unis à des Corps, doit,suivant ce Système, être attribué uniquement à Dieu; & tout ce qu’il y aen eux de mauvais & d’irrégulier, à ce mauvais Principe. Pour donner plusde poids à cette opinion, iljoignoit les autorités aux raisonnemens, &avançoit que ç’avoit èté-là la croyance constante de toutes les Nations Payen~Ker,&des plus sages Philosophes de j'Antiquicé (/): ce Système avoit été,i’elon lui ,celui des Egyptiens, qui, dit-il, désignoient le mauvais Principepar le nom de Typhon ; de Zoroajlre & des Mages parmi les Perses , qui ,suivant le témoignage de Laërce, admettoient deux Principes, un hon Gé-nie, & un autre mauvais (g), (quoiqu’on ait révoqué en doute s’ils croyoientle mauvais Principe éternel ou non ) ; des Caldéens, parce que leurs Astrolo-gues fupposoient que deux des Planètes écoient bienfaisantes, deux malfai-santes ,&trois indifférentes au Bien&au Mal; & des anciens Grecs, parcequ’ils facrifioient, non feulement à Jupiter Olympien, mais aussi à Hadésou Pluton, qit’ils nommoient quelquefois ìe Jupiter infernal : supposantaussi que ìa Monade & la Dyade de Pytbagare , la Haine & XAmitié d 'Empédo»de y Y Ame & la Matière infinie d ’Anaxagore, représencoient deux Dieux ,l’un bon, & l’autre mauvais. Mais fur-tout, iî tâche de prouver que Pla-ton a été un zélé défenseur de cette Opinion, & cela, i.parce que ce Phi»

(«) Tertullian. adv. ílormog. p. 282.

(Ô Cudworth. Ir.cell. Syst. p. 197*

(c) Proct. in Tim. p. u 6.

{d} Plutarch. in Quajst. Platon* pag. ioo^.

V) Idem de Psycliog. Platon. & dé Iside &Oiiride, p. 369. &c|,

(/) Idem. dèiiid. & Ofirid. pagv 369.

(i) Diogerî; Ladre, in. Proœra,