DE LA CREATION DU MONDE, Introdudim. 55
Après cela, du reste des eaux avec leur sédiment, il forma une Boule, qu’ilnomma le bas Monde; dont la partie la plus solide fut Terre, & la plusfluide Mer, faisant ensemble un Globe, qu’il plaça au milieu du Firmament,Alors il créa le Soleil Ói la Lune, A leur afligna pour emploi de distinguerles Tems & les Saisons., De- cette manière les Elémens furent séparés, Acommencèrent à s’acquiter de leurs fonctions, l’Air remplissant tous les in-terstices, le Feu nourrissant tout par fa chaleur, &Ja Terre & la Mer pro-duisant chacune les Créatures qui leurconvenoient. Au reste, Dieu douachacune de ces Créatures de la faculté de produire leurs semblables.
Dieu, ayant ainsi fait le Monde, couronna son ouvrage par la dernière& la plus belle de ses productions, c’est-à-dire par l’Homme, que la Ter-re produisit de ses entrailles, la tête paraissant la première, & ensuite lesparties de son corps, à qui Dieu donna un esprit de vie. Après quoi cetEtre tout-puissant donna à l’Homme une Compagne, qui lui ressembloitbeaucoup plus du côté de l’ame, que de la figure extérieure d u corps. Le nomdu premier Homme fut Pnurous, &de la première Femme Parcoutée, Maisleurs defcendans ayant, à cause de leur méchanceté, été détruits par unDéluge, Dieu créa dans la fuite du tems trois personnages bien plus par-faits , nommés Bremaw , Fyftney , & Ruddery , à chacun defquels il donna unemploi & un pouvoir différens ; au prémier, celui de produire des Hommes,& d’autres Animaux ; au.second, celui de les conserver & de les ' nourrir ;& au dernier, celui de les détruire. Nous aurons occasion dans un autre,endroit de rapporter de quelle manière chacun d’eux s’acquita de fa com-mission.
Un autre Auteur (a) raconte que les Bramins reconnoissent un seul &suprême Dieu, qu’ils nomment P'ifinou; que la prémière& la plus ancien-ne production de ce Dieu étoit une Divinité inférieure , appellée Brama,.qu’il forma d’une fleur qui flottoit fur le grand abîme, avant ia Création duMonde : que la vertu, Ja fidélité la récqnnoissanee de Brama avoientété si grandes, que Wftnou l’avoitdoué du pouvoir dé créer l’Univers.
Mais les Miffionaires Protestans , envoyés en dernier lieu aux Côtes deCoromandel, nous donnent une idée un peu différente des sentimens desBramins , & nous paraissent plus croyables que les Auteurs que nous venons-de citer, parce qu’ils étoient assez versés dans la Langue Malabare. Dans unede leurs Lettres il est dit, que les Malabares , qui font un de ces Peuples-qui suivent la Religion des Bramins , ne reconnoissent qu’un Etre divin,,source des autres Dieux aussi - bien que de toutes choses, & qu’ils nom-ment cet Etre Ifparetta, mot qui a la même signification dans leur Lan-gue , que celui de Divinité dans la nôtre. Cet Ifparetta,, disent-ils,.avantque rien fut créé, fe transforma lui - même en un Oeuf, duquel ensuite sor-tirent les Cieux, la Terre, & toutes les choses qui y sont. De cette Di-vinité, comme le porte leur Tradition, est venu originairement quelquechose, qu’ils nomment Kmelinga , & qu’ils adorent dans leurs Temples com~
(p) Abr. Rogers, qui atteste que ce qu’il dit de la Religion dès Bramins est tiré d’uttce leurs Uvres Sacrés apxelié Pédant, P.. II. cap.