98 HISTOIRE ASIATIQUE, Livr. I.
Aînée du ia ^ ^ aute ^ ur !e ^ er P ent * Alors Dieu prononça la sentence: il maudit leMonde 1 U Serpent, & le condamna à se traîner sur son ventre, & a manger de laAvant J. C. poussière,* ajoutant, qu’il mettroit inimitié entre lui & la Femme, &en-4305- tre leurs descendans de part & d’autre; & que la semence de la Femme bri-Sect. II. seroit la tête du Serpent, & que le Serpent lui briseroit le talon. Le Châ-Chute de liment de la Femme consista dans son assujettissement à son Mari, & dansl 'Homme, la douleur qu’elle devoit ressentir en accouchant. A l'égard de l'Homme, Dieumaudit la Terre à cause de lui, déclarant qu’elle produiroit des ronces & desépines, & qu’il mangeroit son pain à la sueur de son visage , jusqu a cequ’il retournât dans la poussière dont il avoit été tiré. Enfin, Dieu lesayant habillés l'un & l’autre de peaux, les fit sortir du Jardin , de peur qu’ilsne prissent du fruit de l’Arbre de Vie, & qu’en mangeant ils ne vécussenttoujours: & afin de les empêcher de retourner dans cet heureux séjour,il plaça des Chérubins à l’Orient du Jardin, & une Epée flamboyante quitournoit çà & là, pour garder le chemin de l’Arbre de Vie.
Oljeffiont Ce Récit de Moyjc est si abrégé; & par cela même si plein d'obfcuritéijuon a foi- en certains endroits, que plusieurs Hommes íavans & pieux l’ont pris dansce* Récit un ^ ens ^hêgorique, pour éviter les difficultés dont le sens litéral paroit ac-prh îan% compagné; alléguant pour excuse, que les Anciens, & particulièrementm Sens les Peuples Orientaux, ont eu deux différentes manières d’exprimer leurslitéral, Vérités Idéologiques & Philosophiques, l’une populaire, & l’autre mysté-rieuse ou cacUéé. 11 s ajoutent quesEcRiTURE employé souvent 1 un & l’autrede ces stiles, s’accommodant quelquefois à la capacité de ceux à qui elles’adresse, & d’autres fois n’ayant égard qu’à la réalité des choses, &que,pour échapper aux difficultés contenues dans l’Histoire de la Chute de nospremiers Parens, prise dans un sens litéral, la meilleure méthode est deregarder cette Histoire comme une Allégorie & un Emblème d’une Ca-tastrophe. que le St Esprit a jugé à propos de ne pas énoncer plus claire-ment. La première objection q u'on fait contre le sens litéral du récit deMoyse , regarde le Serpent, & en particulier la faculté de parler & de rai-sonner dont il étoit doué ; car de supposer qu’un mauvais Esprit, ou le Dé-mon, ait emprunté les organes de cet Animal, c’estune choie quin’apas]e moindre fondement dans Je Texte de Moyse, qui attribue uniquement laséduction d’Eve à la subtilité naturelle du Serpent. Sans compter, que fl, Eve a cru cet Animal muet, la frayeur qu’elle a ressentie en l’en tendant par-ier, a du naturellement l’empêcher d’entrer avec lui en conférence. Quefl le Serpent a été originellement doué du talent de la parole, mais l'a per-du en punition du crime qu’il a commis dans la séduction d 'Eve, est-il na-turel que Moyse n’en dise rien, & rapporte un châtiment auflì léger quecelui de se traîner sur le ventre, &c. ? Paroles qui ne font pas faciles à ex-pliquer , à moins qu’on ne dise, que le Serpent marchoit autrefois la tête éle-’ vée, ou fur quarre piés ; car s’il a rampé des le commencement, il paroit
ridicule qu’une nécessité naturelle soit changée en punition d’un crime.
Pour ce qui concerne des Arbres, il y a quelque chose de singulier dans]a nature de l’un & de ì’autre. L’Arbre de Vie avoit la propriété, sinon derendre immortels ceu^ qui en mangojent, du moins de prolonger coníidé-