DEPUIS LA CREATION JUSQU’AU DELUGE, Chap. I. iorment adoptée par les Jus- (a) & par les Chrétiens (b) , mais semble austì avoir Année duquelque fondement dans ì’Lcriture: car quand Dieu dit qu’il mettra ini- Monde i.initié entre la Femme b le Serpent , b entre la semence du Serpent b celle de Avant J. C.la Femme , il paroit lupposcr qu’il y avoit auparavant entre eus une efpè- ^^5-ce d’amitié, Sfct. II.
11 est par conséquent asstz raisonnable de supposer que cette Créature chute deétoit chérie à’/Jdam & d’Eve: que cette Mère du Genre-humain , en parti-culier, se plaisoit à la voir, & à être avec elle. Le Démon peut avoir pro-fité de cette occasion, & s’etant uni au Serpent avoir conduit insensible-ment Eve à l’Arbre fatal, goûté ensuite de son fruit, & enfin parlé pourla première fois, afin de persuader à celle qu’il vouloit seduire, que ce nou-veau talent étoit l’heureux effet du fruit 'qu’il venoit de manger.
Cette conjecture deviendra bien plus probable encore, si nous supposons De quelleque le Serpent, dont le Démon avoit emprunté le corps, n’étoit pas t\es°’te lel’espèce ordinaire, mais de ces fortes de Serpens brilfans & ailés qui nais Ser P entsent en Arabie & en Egypte. 11s font d’une couleur jaune & brillante ; & lors- bablìmût*qu’en volant les rayons du Soleil donnent fur leurs ailes, leur réflection faitun effet magnifique. Si donc le Serpent du corps duquel le Démon s’estservi étoit de cette sorte (quoiqu’il ait peut être été d’une espèce bien plusbelle encore) un pareil Animal étoit très propre à son dessein : car ces sortesde Créatures font apellées dans I’Ecriture Séraphs ou Séraphins (c), & c’cíid’elles qu’est venu le nom par lequel on designe ordinairement certainesSubstances Angéliques. D’ailleurs, il est très vraisemblable, que,puisqueces sortes de représentations ont été tolérées dans l’Eglise Judaïque , lesAnges, quand ils servoient Adam & Eve , avoient coutume de revêtirdepa-reilles formes; quelques uns d’eux prenant celle des Chérubins , & d’autrescelle des Séraphins ou Serpens ailés & brillans. Le Démon a donc pu fortbien prendre le corps d’un de ces Serpens, & y ajouter encore un degréde beauté assez éminent, pour qu 'Eve le prît pour le corps de quelqu’undes Anges * qu’elle étoit accoutumée de voir: ce qui naturellement n’apas peu contribué à la tromper & à la séduire.
Quoi qu’ii en soit, il est raisonnable de supposer, que c’étoit quelqueCréature charmante, qu’Eve a prise pour un Ange bien intentionné en safaveur, pendant qu’il parloit avec elle. Car il est impossible de concevoirqu’elle ait été assez simple & assez ignorante , pour croire que les JBétespussent parler; bien moins encore que des Animaux fussent mieux instruitsde la volonté de Dieu, qu’elle-mèm'e: & il ne paroit pas croyable qu’tlle auroitpu être trompée, si le Serpent par fa beauté; ne lui avoit paru un Ministre Cé-
(a) Joseph. Antiq. L. I. c. I. §. 4. de Orthodox. Fid. L. II. c. 10.
{b) basil. Homil. de Paradiso. Damasceu. (c) Notnbr. XXI. 6.
* Ce paroit avoir eté-là le sentiment de Tertullien, quand il dit, qu’Zsec prêta atten-tion au Serpent, comme au Fils de Dieu, &c. ( 1 ).
(0 De ïissaipt, Hítret, x. a*®»