DEPUIS LA CREATION JUSQU’AU DELUGE, Chap. I. 109été faite fans aucune paffion, ouperte de virginité ;& que J’Homme auroic Annie à,travaillé alors à la propagation de son Espèce, quand il l’auroit jugé à propos, & fans y être incité par la moindre ombre de volupté. Dans l’état pri- Av ™].' *roitif aussi le tempérament du corps-humain semble avoir été plus suscepti-ble d’impreffions qu’à présent: certaines sortes de fruits pouvoient y pro- ^ ECT 'duire de grands changemens, soit en bien,soit en mal: c’est ainsi que le ph^ edefruit de l’Arbre de vie avoic la vertu de rendre le corps immortel; & ce - 1lui de la connoisiance du Bien & du Ma!, la propriété d’amener les ma-ladies & le trépas: mais le premier effet de ce dernier fruit semble avoirété la révolte des parties qui fervent à la génération; ce qui paroit parla honte dont furent saisis immédiatement après ceux qui en avoient goû-té *. Et, pour dire le vrai, l’Homme, après fa chute, étant incapablede suivre le dictamen de sa Raison, l’amour devint tout-à-fait nécessairedans le Monde, car fans cela il n’y auroic pas moyen de concevoir com-ment le Monde auroic pu subsister: si bien que les passions portèrent alorsles Hommes à faire ce qu’ils avoient fait avant ce tems-là par de simplesvues de prudence (a).
II y avoit aussi une différence considérable entre la condition de la Fem-me avant, & fa condition après la Chute. Entre autres .disparités, il y avoitalors entre elle & l’homme plus d’égalité qu’à présent (b). Les Animauxmêmes semblent avoir été plus capables de raisonner & de parler qu’ils nel’ont été dans la fuite, & susceptibles d’un plus éminent degré de perfec-tion & de bonheur (c).
C’est une question difficile à décider, que de savoir en quoi cette fécon- Commentdité & ces agrémens de la Terre primitive ont consisté, & ce qui l’a si fort £ st ‘arrivélefait dégénérer de son premier état. La chose à - la-vérité est d’abord ex-changementpliquée , dès-qu’ony mêle Faction de la Divinité, & qu’on suppose que la da,,s Iastérilité de la Terre, la malignité de F Air; & la dépravation générale de laNature, ont été produites par Dieu, ou par quelques Causes subordonnéesde fa part. Mais il n est pas aisé d’affigner à de pareils effets une cause qui ZV.Burnet.soit en même tems probable & naturelle. Le Dr. Burmt croît que la fer-tilité de la Terre dans son état primitif, venoit de ee que Faxe en étantparallèle à celui de 1 Ecliptique, ellèjouïssoit d’un Equinoxe perpétuel. Aureste cet Auteur croit qu’il est inutile de prouver que ç’ait été-là fa situa-tion, puisque c’est un effet ordinaire de la Gravité, qu’un Corps placé li-brement dans un milieu fìuïde, sc mette d’une manière qui réponde à fapesanteur. Or la Terre primitive étant uniforme, régulière', & égale danstous les endroits (d) , il n’y avoic point de raisons pourquoi elle pancheroit
^O) Bayle, Dict. Hist. Arc. Eve, Re- (c) Ibid. p. 240.marq. F. QQ introduction, ci-dessusp. 6r.
(/,) Whiston’s Theory, B. III. p. 259.
* Quelques Rabins ont aufii cru que la qualité dont il s’agit, étoit naturelle su Fruitdéfendu (0-
( 1 ) Bayle, Dict;. Hift. Ah. Eee, Rem. c!