DEPUIS LA CREATION JUSQTTAU DELUGE, ChapÍ I. 1 63
Mais où les* trouver? L’eau des nuées, & céJle qui est dans les entrailles dela Ferre, font les seules sources que nous ayons pour cela*. Moyst n'allègueque ces deux causes du Déluge. Les fontaines du grand Abî me , dit-il ,furentrompues, & les bondes des Cieux furent ouvertes , U la pluye tomba fur la Ter-re pendant quarante jours (A quarante nuits ( aj. Far Je grand Abîme quelques-uns entendent l’Océan (/-); mais d’autres, avec plus de raison, Y Abîmesouterrain, ou ì’assembiage immense des eaux qui se trouvent dans les en-trailles de la Terres. Mais il semble que les eaux, tant celles que legrand Abîme que celles que la pluye pou voient fournir, ne suffisent pas en-core à beaucoup près pour expliquer le Phénomène dontils’agit. Suivantles observations qu’on a faites fur ìa quantité d’eau qui tombe en pluye, lespluyes n’ont pas pu faire un Océan, ni même la moitié d’un ; &, par con-séquent, ne peuvent que très peu servir à rendre raison du fait en question(c). S’il a plu pendant quarante jours & quarante nuits fur toute la Terre àla fois, il est tombé assez d’eau pour inonder les Pays les plus bas, maisnullement assez pour couvrir les Montagnes : d où l’on a conclu, que si leD-luge n’avoit été formé que par des pluyes seulement, il auroit fallu pourcela quarante ans, au- lieu de quarante jours (d). Que íì nous supposonsque tout l’Atmosphère a été condensé en eau, cela raeme ne suffira pas en*core; puisqu’il est certain que cela n’auroit produit que trente-deux piésd’eau, qui est la hauteur connue à laquelle i’eau pourrait s’élever par lacompression de l’Atmosphère (c): car le poids de tout l’air, condensé eneau, ne saurait qu’être égal à celui qu’il a dans son état naturel ; & pourque l’air devienne eau, il doit devenir huit cens fois plus dense qu’il n’ëtoit
(a) Genêt. Vil. n, 12. Qî) Auct. Catetite m Genef VIL 4.
î {b) Clerici Comment, in loc. f» Voffius in Epist. ad And. Colvium,
Çe) Merscnn. Cogir. Physico-Mech.p. 221. p. 385.
» Quoiqù’on entende généralement, par les eaux au dessus de f étendue, dont parie Moyst(i), les nuées & les vapeurs soutenues dans la moyenne région de 1 air (2),» quelques-unsnéanmoins ont cru que c’étoient des eaux placées au defliis des Cieux, Ct ont été bien ailésde s’en servir pour l’explicatìon du Déluge, quoiqu’il ne soit pas aisé de concevoir commentces eaux sont descendues fur ia Terre, ou remontées ensuite au Ciel. Mais depuis que leSystème du Monde, & ia nature des Cieux, ont été mieux connus, il y a lieu de présumerque ces eaux íur-céleltes n’auront plus de partisans, & ne feront plus employées à expliquerd’où fom venues les eaux du Déluge (z).
t Quoique le mot onn tehom , profondeur, puisse signifier la Mer dans quelques passa-S es (4), cependant, dans fendroit oíi il est parlé du Déluge, ce terme paroit désigner déseaux souterraines; & c’en est là le sens dans d’autres endroits (5). D’ailleurs, comme à cemot est joint ici l’épithète rct"l rabhdh , grand, il semble que Moyîe a voulu parler de cetassemblage immense d’eaux, que les plus habiles Naturalistes placent dans le sein de la Terre,le réceptacle de la plus grande partie de cet abîme qui couvroit la Terre au commencement-de la création (6;„
(1) Genès r. c, 7» ( , ps cílam . XX-XII'I. 7. Prov. VIIE 27, 2».
(2) Voyez ['Introduction, ís> s;) Peut. Vlîl. 7- Ezech. XXXI. 4.
(■}) Burnet’s dhcoiy, B, I. c, 2. (c) Genès. X. 2, Bmnet uhi l»xr. c. 7.
X 3.
Anne'e duMonde1307. A-vant J. C.
2 P 99 -S F. C T. VI.Du Déluge.