DEPUIS LE DELUGE JUSQU’A ABRAHAM, Chap. II. 275exprimés, pour que nous puissions espérer d’êcre exaucés (a). Et plusieursEcrivains Chrétiens (L), rebellant ces imaginations superstitieuses des Juifs,ont affirmé & soutenu que )a Langue Hébraïque étoit la plus ancienneLangue du Monde; la même qu’ont parlé Adam & AW,& quia été con-servée dans la Famille à'Eber, qui n’eut aucune part à la construction deBabel, & qui par cela même fut exempt du châtiment infligé à ces Archi-tectes téméraires. Mais comme nous avons déjà montré ci-devant quecette supposition étoit une pure chimère, nous allons nous arrêter feule-ment à leur Argument principal, & en effet le seul qui mérite quelque con-sidération , tiré de l’étymologie de certains Noms dans les Ecrits de Moyse\Noms dont cet Auteur Sacré dérive lui-même quelques-uns de l’ Hébreu.
On ne sauroit disconvenir ici, que plusieurs Noms propres de person-nes & de lieux, avant la Confusion des Langues, peuvent très bien êtredérivés de l’ Hébreu", c’est-là tout ce que nous pouvons raisonnablementaccorder: car quoique tous les noms en général, par lesquels Moyse dési-gne certains lieux & certaines personnes comme les ayant portés avantla Dispersion du Genre-humain, puissent tellement quellement être déri-vés de quelque racine Hébraïque, il faut avouer néanmoins que la plupartde ces étymologies sont très forcées; & la chose ne sauroit être autrement,à moins que nous ne prétendions que les noms, qui semblent avoir rap-port aux évènemens futurs de la vie de certaines personnes, leur ont étéimposés par un esprit de Prophétie, ou que nous ne reconnoïssions qu’ilsn’ont été imposés qu’après les évènemens, ce qui les changeroit en surnoms,& affoibliroit par cela même larguaient qu on prétendoit en tirer.
Après ces réflexions préliminaires, il fera aisé de prouver que cet ar-gument démonstratif, comme on l’appelle (c), n’est guères solide. Car, 1.il n’est pas certain que les noms, employés par Moy/e, ont été les nomsoriginaux, & n’ont pas été traduits par lui-même de la Langue primitive enHébreu, ou du moins suffisamment changés pour que la signification en fûtcomprise par les Juifs. Et, quelque incompatible que cette méthode aitparu à quelques-uns avec 1 exactitude Historique, il est indubitable qu’onen trouve plus d'un exemple dans les Historiens sacrés & profanes (d):&Moyse lui-même a paru approuver de pareils changemens, en altérant sonpropre nom, dont l’origine étoit Egyptienne de lui donner une étymo-logie Hébraïque *. 2. Supposant que les noms rapportés par Moyse ont été
(«) Buxtorf. de Ling. Hebr. Orig. Exer. 16. & alii poene inumeri.
W Chryfost, Homil. XXX. m Genes. XI. (c) Abravanel.
Angust. d e Civir. Del, L. XVII. c. n. Ori- (,/) Plaro in Critia. Grot. in Geues. XI. i.
gen. in Numer. Hom. XI. Hieron. Com & de Vêtit. Rel. Christ. L. I. Hue t in Dé-ment. in Sophon. Selden. de Synedriis vet. mon st. Evang. Prop. IV. c. 13. §. 4- Cleric.
Hebrœor. L. 11. c> p, Bocharc. Phaleg. L. DilFert. de Ling. Heb.
I. C. 15 - Heidegíj, Ilist. Pattiarch, T. I.
«
qui
Le nom Original est Moûse, ou (comme il y a dans la Version Cophté) Motises ; noma une terminaison Grecque, & qu i e st co mposé de deux anciens mots Egyptiens, tmu,tic
Nn 2
Sect. V.
Confusiondes Lan-gues.
Année duDéluge
401-
Avant T. C.2597-