DEPUIS LE DELUGE JUSQU’A ABRAHAM, Ciiap. IL 279fans influer immédiatement fur leur Langage (s) ; ce qui paroi t contraireau récit de l’Historien sacré. D’autres ont avancé que la chose étoit arrivéepar une Confusion de Langues, qui n’a dure que pendant un petit espace detems, ou plutôt parce que les Ouvriers ne s’entendoient pas, quoiqu’au fondtous parlassent le même Langage (b). Une troisième Opinion veut, qu’u-ne variété cl’inflexions fut introduite, & peut-être quelques nouveaux mots,qui changèrent les manières de s’exprimer dont on se servok auparavant :de-Jà ont pu naître de nouveaux Dialectes , & nullement des Langages nou-veaux (c). Mais aucune de ces explications ne paroit s’accorder avec lebut d eMoyse, qui étoit, non seulement de nous informer comment le Gen-re-humain fut partagé au commencement en tant de Nations différentes,mais de nous apprendre auflì la cause de la diversité de leurs Langages ; chosedifficile, pour ne pas dire impossible, si Dieu n’y est pas intervenu d’unefaçon extraordinaire. Car quoique le tems , le commerce avec des Peu-ples étrangers, l’Invention & le Perfectionnement des Arts & des Sciences,aussi-bien que la Différence des Climats *, produisent des changemens con-sidérables dans les Langages, toutes ces causes néanmoins ne fa u roi en t ren-dre suffisamment raison du phénomène dont il s’agit (d). Nous ne saurionscomprendre, qu’un Langage puisse par-là être tellement défiguré , qu’on
(a) Cleric. Comment, in loc. Rich. Si- M. Cafàub. de quatuor Ling. p. 17. & íubmon , Hist. Critiq. du Vieux Testam. L. I. initio.
c. 14. (d) Wotton’s Dise concerning the Couse
(/;) Judtei apud J. C. Scaliger. Exercit. of Languages, p. 57. Dr, Brett’s Eslay onin Cardan. Exercit. 259. §. r, the Couse of Lang. p. 62. &c.
(c) If. Casaub. Diatríb, de Ling. Hebr.
c’est-à-dire, faste qu’ils ne soient pat d'accrtrd. Mais ce ne sauroit être-là l’idée de Moyse danscet endroit ; puisqu’il explique immédiatement après ce qu’il entend par une même lèvre , enajoutant, & d 'un même langage, ou, plus litéralemenc, det mimes paroles (1).
* Plusieurs Savans ont cru que i’Air ou le Climat d’un Pays dispose les habitans à uneprononciation particulière, & les rend incapables de proférer certains sons : ce qui est cau-se , à leur avis, que certaines Langues abondent si fort en gutturales , ou en confones,pendant, que d’autres Langues ont à peine quelqu’une des premières& très peu desdernières ; que les Ephrûïtiittes ne pouvoicnt pss prononcer la lettre Sbiti (2) ; & que lesChinois trouvent la même peine à prononcer la Lettre R, & les Arabes le P , &c. Mais noussommes si éloignés de croire que cette différence vienne de quelque qualité du Climat, qu’aucontraire il nous paroit que de pareilles variétés en Langues, & en Dialectes , sont parfaite-ment accidentelles, aucune Langue ne pouvant faire usage de tous les sons. Voilà pourquoiun homme , accoutumé dès son enfance à une prononciation particulière, doit nécessaire-ment trouver de la difficulté à proférer les sous en apparence les plus aisés & les P' us naturels,dès qu'iis ne s’accordent pas avec la prononciation dom il s’agit. C’est ainsi que les auronsta Amérique t qui n’ont point de labiales dans ieur Langue, & qui par cela même n ontpoint d occasion de fermer les lèvres en parlant (z), ne s’accoutumeroient pas aisément p pro-noncer quelqu’une de ces lettres. Cependant l’expérîence nous montre avec quelle facilité unenfant, dont les organes n’ont encore pris aucun pli particulier, apprend à proférer les sonsles plus étranges, dans le tems qu’une personne faite í’e donneroit peut-être mille peines fanspouvoir er< venir à bout.
(1) Genes. XI. i.
( 2 ) jud, XII. 6>
( 3 ) Reland X3iíîeit, de Ling, Americanis , p»
2iy.
Sect. V.Confusiondes Lan-gues.
Année duDéluge401.
Avant J. C.2 597 -