280 HISTOIRE ASIATIQUE, Livr. I.
Sect. V. n’en apperçoive plus aucune marque générale ou caractéristique. On a deConfusion la peine à concevoir comment tous les mots d'une Langue ont pu êtredes Lan- changés en d’autres, & on ne sauroit produire un seul exemple qui justifieiues. ^ un pareil changement : mais il est presque impossible de se figurer qu’une di-DéîuV* 11 ver ^ lté au ® S rande fi ue cà que nous appercevons dans la forme des Lan-4of. 6 gages, en laquelle, plutôt que dans les mots, consistent les différences essen-Avant j. c. tielles qui les distinguent, (comme nous pourrons le faire voir dans la fuite,2597- lorsque nous ferons mention des diverses Langues dont nous avons quelque
--connoissance) aie pu tirer son origine des causes rapportées ci-deffus. La
diversité des Langues, qu’on parle présentement dans le Monde, est pro-digieuse (a): & fi nous considérons le tems qui s’est écoulé depuis la Con-struction de Babel , & les changemens que certaines Langues connues ontsoufferts pendant l’espace de mille , de deux mille, & de trois milleans (changemens qui font toujours plus ou moins considérables, à propor-tion que les Nations, chez qui elles étoient en usage, avoient plus ou moinsde commerce avec des Etrangers ; ) & que nous fassions attention qu’il y aplusieurs Langues, qui étant comparées à d’autres, n’ont pas avec elles lamoindre affinité, tellement qu’un homme seroit un parfait visionaire, s’ils’imaginoit qu’elles avoient toutes la même origine; il nous semble que laVariété des Idiomes à présent en usage ne peut en aucune façon être expli-quée, à moins qu’on n'admette, ou le Syítèmeàes Pré- Adamites, ou la For-mation de plusieurs Langages nouveaux à Babel ( b ). Un très fayant hom-me , qui s’est attaché avec chaleur à prouver qu’une feule Langue étoit Mèrede toutes les autres, sent néanmoins si bien, que la thèse qu’il défend estsusceptible de quelques exceptions, qu’il exclut lui-même de ce nombre lesLangages de l 'Amérique, & des Iles qui se trouvent dans les Indes \ ajou-tant, que quelques-uns ont conclu de-là à tort, que ceux qui parlent cesLangues ne font point des Descendans à'/ldam (c): concession qui suffitpour renverser l’hypothèse qu’il prétendoit soutenir.
Un autre argument contre la Formation de plusieurs nouveaux Langagesà Babel, qu’on a cru avoir quelque solidité, est, que si une pareille Forma-tion a eu lieu, on ne sauroit rendre aucune bonne raison pourquoi ces Co-lonies, qui parloient des Langues qui avoient entre elles beaucoup d’affini-té, n’ont pas été éloignées les unes des autres; & pourquoi celles chez quides Langages tout-à fait différens étoient en usage , n’ont pas habité desPays voisins (d). A cela il y a une réponse très facile , savoir, qu’il n’estpas nécessaire de supposer que chaque Famille a eu un Langage différent,ou que les différons Dialectes des Langues - Mères ont été formées autems de la Confusion. La dispersion a pu se faire,sens qu’il ait été besoinque toutes les familles d’une même tige se soient séparées; il suffisoit, pourl’exécution du dessein de Dieu , d'introduire le nombre de nouvelles Lan-
gues
(a) Calvin, in Genes. XI. I, 2.
W Wotton, Discours p. Z6, Brett, Eflàyp, 62. & Diodor. Sic. L, I. p. 3 .
(c) Stiemhielm. Prsefat in Evang Ulfilx p. 4.
(d) Reland apud Wotton , ubi sup. p. 61-Stillingíl. Orig. Sacr, L. III. c. 5. J 3.