DEPUIS LE DELUGE JUSQU’A ABRAHAM Chap. II. 3x1
SECTION VII.
De ÏOrigine du Gouvernement Civil , & de T Etablissementdes prémicrs Royaumes.
sect.vh.
Originedes Gou-vernement.
^TOus avons observé ci-deíîus, que la prémière Forme de Gouverne- pà/s,ment étoit certainement Patriarchale (a). Car quoiqu’un Père n’ait Gouverne .aucun droit naturel de gouverner ses Enfans, dès qu’ils ne font plus mi- ment étoitneurs; & que, d’un autre côté, cet honneur & ce respect , que des En-j^T"”’*fans doivent à leurs Parens pendant tout le tems de leur vie, & dans tous Ciles états, ne donnent point auxPères Je pouvoir de faire des Loix, d’in-fiiger des peines à ses Enfans, ou de disposer de leurs biens ; i! est néan-moins aisé de concevoir, que, dans les prémiers Siècles du Monde, unPère de Famille doit naturellement en être devenu le Prince; & la mêmechose se feroit encore de nos jours , si les Familles écoient aussi séparéesles unes des autres qu’elles l’étoient alors. Un Père a eu de l’autorité furses Enfans, depuis les prémières années de leur vie ; & comme il leur estimpossible de vivre ensemble sans quelque espèce de Gouvernement, n’est-il pas juste que, par le consentement exprès ou tacite des Enfans devenusgrands, le Père continue à les gouverner? A qui obéiroient-ils, sinon àcelui dont ils ont toujours suivi les directions pendant leur jeunesse, &qu’ils ont toujours regardé comme juge de leurs petits différends? Nousappelions leurs différends petits, parce qu’il y a lieu de présumer, que lepeu qu’ils possédaient, & i’innocence de leur âge, ne permeitoient pasqu’ils en eussent d’un autre genre. Que si la chose est arrivée, quel autreArbitre pou voient ils choisir qu’un Père, qui avoit eu foin de leur éduca-tion , & de la tendresse de qui ils étoient tous les objets? Un pareilGouvernement, bien loin de les gêner & de leur faire de la peine, devoitau contraire assurer leur tranquillité, leurs biens, & leur liberté.
De cette manière, des Pères de Famille, par un changement insensi -n se clan-.ble, ont pu devenir des Monarques Politiques; & lorsqu’il leur arrìvoit S e en o ou.de vivre longtems, & de laisser de dignes Héritiers, fonder des Royau-mes héréditaires ou électifs, dont la constitution.étoit différente suivant que * Cìp '^influence que le hazard , la nécessité, ou d’autres circonstances avoienteue fur leur origine ( b ).
Ainsi, Noé étant le Père commun du Genre-humain renaissant, nous ne p 0 Uce desaurions douter que tous ses Descendans ne l’ayent regardé comme leur Noé g? deSupérieur. Après lui, ses trois fils , Sein , Cam & Japhet , ont eu appa- Mprén.ùnremmène la méme autorité, chacun fur fa Branche, & ainsi de fuite. Par D ^ en 'exemple, Chaque Fils de Sent , en qualité de Chef de fa propre Famille, "**doit, non feulement avoir jugé les différends survenus entre ses enfans,mais- doit probablement aussi leur avoir donné des Loix , restreintes néan»
(a) Supra p. 181.
(£) Locke of Government, Treatise II. c. 6. à