3X2 HISTOIRE ASIATIQUE, Livr. I.
Sect VII. moins à ses Descendans particuliers; car pour ce qui regarde les disputesOrigine qu’il peut y avoir eu entre leurs Familles , l’autorité de ces Familles étancàesGmver- égale, elles doivent avoir eu recours à la décision de Scm leur Père com*nemens. „ un , dont l’autorité étoit aussi bornée à ses propres Descendans : si-bienque s’il étoit survenu quelque différend entre lui & ses Frères Cam &Japhet , Noé auroit dû nécessairement être leur Juge, en qualité d’uniqueSupérieur commun.
La Mort de Noé détruisit l’Unité de Gouvernement , & partagea leGenre-humain en trois grandes Parties, qui ne reconnurent plus de Chefcommun, mais qui trouvèrent chacune dans un Fils de Noé un Gouverneurindépendant des deux autres. Après leur trépas, l’Autorité fut subdivi-sée , & le nombre des Chefs indépendans les uns des autres beaucoup aug-menté; & il semble que ç’ait été-là l’état du Genre-humain durant les pre-mières années qui ont suivi la Dispersion.
EtabKtfe- Mais dans la fuite, le nombre des Familles étant devenu assez considé*mens des ra He pour former des Villages & bâtir des Villes, de peur que la diversitéRoyaumes, à j eurs intérêts, aussi-bien que celle de leurs inclinations, ne troublât laTranquillité publique, on sentit la nécessité de remettre entre les mainsd’un seul le Gouvernement de chaque Société , ou du moins entre cellesd’un petit nombre de Personnes, à l’autorité de qui tous les Chefs fussentsoumis, «Sc qui eussent le pouvoir de faire exécuter les Loix dont l'obser-vation avoic été jugée nécessaire au Bien public. L’idée qui leur restoitdu Gouvernement Patriarchal, & l’heureuse expérience qu’ils en avoientfaite, dévoient naturellement les déterminer plutôt au choix d’une feulePersonne que de plusieurs, & faire tomber ce choix fur quelqu’un distin-gué par un caractère de Bonté & de Bienfaisance. L’Ambition & la Fac-tion ont eu, selon toutes les apparences, peu de part à ces sortes détec-tions , dans lesquelles on n’avoit d’autre vue que de sc choisir un Supérieurjuste & modéré (a).
Durant ces premiers commencemens des Sociétés Politiques, presquechaque Ville avoit son Roi, qui, plus attentif à conserver ses Possessionsqu’à les étendre , renfermoit son ambition dans les limites de fa Patrie(h). Ensuite des Disputes, souvent inévitables entre Voisins, la Jalou-sie excitée par une Puissance supérieure, des Inclinations guerrières, 6cle Désir de s’aggrandir ou de montrer son habileté , produisirent cesguerres qui se sont souvent terminées par l’entière sujettion du Vaincu; &les Possessions de celui-ci, usurpées parle Conquérant , doivent naturelle-ment lui avoir donné de nouveaux moyens & un nouveau courage pourentreprendre enepre d’autres conquêtes. C’est ainsi que plusieurs Villes,& diverses Contrées, réunies sous un seul Monarque, ont formé des Ro-yaumes plus ou moins étendus, suivant se degré d’ambition & de bon-heur du Prince.
Ces premiers Conquérans ont différemment usé de leur victoire , se-lon la différence de leurs tempéramens 6c de leurs intérêts. Les uns,se re-gardant
O) Justin. L. I. c. i.
(f) Idem ibid.