3-24 HISTOIRE ASIATIQUE, Livr. LSect. I. aìors une grande quantité d’Mectes qui détruisent les Fruits de la Ter-
Description re (cì)~
dc l'Egypte. Le Khalii , dont nous avons parlé ci-deflus, s’ouvre toujours avec beau-
-coup de soleranité, en présence du Bacha, accompagné de tous ses princi-paux Officiers, & suivi d’une multitude infinie de peuple, cette Fêteétant une des plus grandes qu’on célèbre en Egypte (S). Nous appre-nons qu’autrefois les Egyptiens avoient coutume d’ensanglanter cette Céré-monie en sacrifiant une Fille, ou, comme disent d’autres, un Garçon &une Fille, au Nil, pour Je remercier de tous les Biens qu’il leur procuroit.On prétend que cette coutume barbare a été en usage chez les Egyptiensjusqu’au tems que les Turcs se sont rendus maîtres de leur Pays*: & on. ajoute que le premier Gouverneur Turc résolut de l’abolir, & eut aílezde pouvoir sur l’esprit des Egyptiens, pour leur persuader d’y renoncer;mais que par malheur cette année-là la Rivière n’atteignit pas fa hauteurordinaire. L’année suivante, ce fut pis encore; fi bien que le Peuple,craignant une Famine, commença à murmurer: sur quoi le Gouverneurconduisit tous les Habitans de la Ville, Turcs, Juifs & Chrétiens , à uneMontagne à l’orient d ’al Kahira, où, après une exhortation pathétique,il conjura tous ceux qui étcient préfens de prier Dieu qu’il voulut avoirpitié d’eux; exercice où ils passèrent le reste de cette journée, & la nuitsuivante. Vers le matin, avant qu’il fît jour, quelques Femmes vinrentannoncer au Gouverneur, que, pendant la nuit, le Nil avoit cru de dou-ze piques; nouvelle, qui fut reçue avec des acclamations de joie, mêléesd’Actions de grâces adressées à Dieu. Quand ils surent descendus de iaMontagne, ils érigèrent à i’encrée du Canal un Autel de Ja hauteur de dixpiés,sur lequel ils jettérenc une grande quantité de Fleurs, & une Branche0 Olivier, laquelle, à ce qu’ils disent, y prit'racine; une pareille Offrandeétant bien plus agréable à Dieu, que les innocentes Victimes qu’on avoit au-paravant immolées. 11s continuent encore chaque année à ériger un sembla-ble Autel, que les Eaux emportent avec les Fleurs dont il est couvert, lors-que l’obstacle, qui les empêchoit d’entrer dans le Khalii , vient d’être ôté.L’année que cet événement arriva, le Nil monta deux piques plus haut qu’àì’ordinaire,& il y eut une grande abondance. Depuis ce tems-là, la Prati-que superstitieuse, dont nous venons de parler, a été entièrement abolie ; &s’il arrive que les Eaux n’atteignenc pas la hauteur ordinaire,les Habitansvont adresser leurs prières à Dieu fur 1a même Montagne (c).
(a) Lucas, Voy. T. II, p. 327. &c. The- (l) Apud eofd. ubi supra, (c) Lucas, u bivenot, Voyages, Tom. II. c. 22, 65,66. &c. supr. Thevenot, ubi supra.
* Il paroit fort étrange, qu’mie pareille inhumanité ait été fousserte, non seulement pen-dant le tems que ? Egypte étoit sujette atix Empereurs Chrétiens de Constantinople, mais aulfipendant que les Arabes en étoienc les maîtres. Amofis, un des ancien? Rois Egyptiens .abolît, à ce qu’on assure, les Sacrifices humains offerts à Junon, comme nous le remarque-rons dans la fuite: ainsi il est naturel de supposer, qu’il a aulfi défendu ceux qu’on offroic.auNu. Peut-être aurons-nous occasion de répandre plus de lumière fur ce sujet, lorsque nousferons parvenus à l’Iiìstoire des Arabes Sc fies Turcs.