DE L’EGYPTE JUSQU’AU TEMS D’ALEXANDRE, Ciiap. III. Z6r
SECTION II.
De T Antiquité, du Gouvernement, des Loix, de la Religion, des Coutumes,des Arts, des Sciences, b du Commerce des anciens Egyptiens.
TL y a peu de Nations au Monde, qui puissent se vanter d’une aussi gran- Sect. II.
de antiquité, que les Egyptiens. Leur Contrée est la seule qui ait porté Mœurs fi?le nom d’un des Fils de Noé, quoiqu’on ne puisse pas dire avec certitude Coutumesque Cam lui-même s’y soit établi. Néanmoins son Fils Mizraïm a certai- íl f snement peuplé l ’Egypte de ses descendans, qui en ont habité différentes tien5 *parties , sous les noms de Mizraïm , Paîhruim , Casluhitp , & Caphto • yintiquìri
rim (a). des Egyp.
Cependant les Egyptiens eux mêmes, ignorant leur véritable origine, s’at- tiení *tribuent une antiquité bien plus considérable encore: affirmant que lespremiers Hommes, auffi-bien que les premiers, Animaux , doivent avoirété produits dans leur Pays, plutôt que dans aucune autre Région de laTerre, à cause de l’agréable température de l’Àir, de la fécondité natu-relle du Nil, & des Végétaux de toutes les sortes que la Terre y produitcomme d’elle-même , pour servir de nourriture aux Hommes & aux Ani-maux. Pour fortifier leur sentiment par un fait, ils allèguent le grand nom-bre de Souris qui sont formées tous les ans du limon que le Nil laisse en seretirant; quelques-unes d’elles , à ce qu’ils disent , paroissant en vie . &achevées à l’égard de la partie antérieure du corps , l’autre partie étantinanimée & fans mouvement, comme n’ayant pas encore entièrement dé-pouillé la nature de la terre ( b ). On a observé dans d’autres Pays, que laconcours de plusieurs causes, en certaines Saisons, peut faire prodigieuse-ment multiplier de pareils Animaux. II y a apparence que les Souris, quifont engendrées en Egypte dans cette Saison, sont de la même sorte quecelles que d’anciens Auteurs attestent se trouver dans ce Pays, & dansquelques autres, qui n’ont que deux pattes (c); & que, par conséquent,un Spectateur peu attentif peut aisément prendre pour des Animaux im-parfaits , & seulement à demi formés. Les Egyptiens ont fondé leur his-toire sur cette fausse notion de leur origine ; comptant un nombre extra-vagant d’années , durant lequel ils prétendent avoir eu le Royaume d uMonde le plus florissant , gouverné par leurs propres Rois. CependantHérodote nous apprend que , du tems de Psammetichus , les Egyptiensavouoient que les Phrygiens étoient plus anciens qu’eux (d).
Les Egyptiens passent pour avoir trouvé lesprémiers des Règles de Gou- Gouverne-
vernement, & l’Art de rendre la Vie douce,& le Peuple heureux,qui est tncM &
Loix desEgyptien*.
(«) Supra, p. 299, 3 co. pji n . Nat. Iïist. L. X c. 65. Herod. L. IV.
(b) Diod. Sic. L. I. p. 9. («/) Herod. L. 11 . íub init. Supr, p, 272
(c) 1 heophrali. in Fragm. de Animalibus. Note t-
Tome I. Aaa