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1/2 (1770) L' histoire universelle jusqu'à Abraham, l'histoire d'Egypte, & l'histoire des anciens peuples de Canaan
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Secr. II.

Mœurs &Coutumesdes Egyp-tiens.

Manièrede vivredes Rois,

3 6ì HISTOIRE ASIATIQUE, Livr. I.le vrai but de la Politique. Leurs Loix & leurs Institutions étoient, noisseulement révérées par ceux qui en fentoient immédiatement l’influence,mais aussi par d’autres Nations,& particulièrement par les Grecs, dont le*premiers Législateurs voyagèrent en-Egypte pour en apprendre les Loix,_& y puisèrent la meilleure partie de celles qu’ils prescrivirent dans la fuite" à leurs Compatriotes.

La Couronne d 'Egypte étoit héréditaire. Leurs prémiers Rois ne vi-voient pas à la façon des autres Monarques , qui, dans leur Gouverne-ment , ne suivent d’autres Loix que leur volonté : mais ils étoient obligésde se conformer aux Loix du Pays, non feulement dans l’Administrationdes Affaires publiques, mais même dans leur Vie privée. Aucun Esclaveacheté à prix d’argent , ni aucun Serviteur né dans leur propre maison,n’étoient admis à leur service ; cet emploi étoit réservé aux fils des Prê-tres d’une naissance distinguée, qui, après avoir eu une excellente éduca-tion , étoient à l’âge de vingt ans mis auprès de la personne du Roi, afinqu’étant environné jour & nuit par des personnes d’un mérite extraordi-naire, il lui fût impossible d'apprendre rien d’indigne de la Majesté Roya-le, & qu’il courût moins risque de tomber dans quelque excès : malheurqui n’arrive guères aux Princes, à moins qu’ils ne trouvent, parmi ceuxqui les approchent, des gens qui les encouragent au crime,& qui serventde ministres à leurs pallions.

II y avoir des heures réglées , de nuit aussi-bien que de jour , pendantlesquelles, bien loin d’être maître de luï-même, le Roi étoit indispensa-blement obligé de vaquer aux affaires & à des occupations sérieuses.Quand il se levoit, la prémière chose qu’il faisoit, étoit de parcourir desDépêches publiques, & les Lettres qui arrivoient des différons endroits deson Empire, afin d’êtré exactement au fait de l’état & des affaires de sonRoyaume. Ensuite, après s’être baigné , & avoir mis des habits magnifi-ques , il se revêtoit des marques de son Autorité Royale , & alioit auTemple pour sacrifier. Les victimes ayant été amenées à l’Autel ,leGrand-Prêtre, en présence du Roi & du Peuple, prioit à haute voix pour lasanté & pour la prospérité du Monarque -, qui gouvernoit suivant la Justi-ce & suivant les Loix du Royaume. Et, à cette occasion, il s’étendoit sorles Vertus Royales, observant qu’il étoit pieux envers les Dieux , tendreenvers son Peuple, modéré, juste, magnanime , d’une véracité éprouvée,libéral , maître de lui-même , clément dans les chârimens, & généreuxdans les récompenses. Ensuite il parloit avec exécration des fautes que leRoi auroit pu avoir commises par ignorance ou par surprise ; mais en s en-absolvant en même tems, & en rejettant ce que ces fautes avoient demauvais fur ses Ministres & fur son Conseil. Cette méthode leur paroiffoitla plus propre à porter leurs Rois à la pratique de la vertu ; les louange*,par lesquelles on exalte les bonnes actions, étant ordinairement plus effi*caces, que des exhortations sévères. Les Sacrifices étant achevés, l'Ecri-vain lisoit dans leurs Livres Sacrés quelques maximes sages , ou quelquesactions héroïques, afin d’inspirer au Monarque des-sentimens généreux,&à lui apprendre â conformer entièrement fa conduite aux Loix établies»