DE L’EGYPTE JUSQU’AU TEMS D’ALEX ANDRE, Chap. III. 363
Ce n’étoit pas seulement dans les affaires publiques qu’une si grande Sect. ii.exactitude étoit imposée au Roi;il étoit si peu maître de lui-même, qu’il ne yi œuri &pouvoir, ni prendre l’air, ni coucher avec la Reine, ni se baigner, ni Coutumesfaire la chose la plus indifférente, que dans de certains tems, qui étoient ^destinés à telles ou telles choses. II ne lui étoit pas permis de choisir ce tienuqu’il vouloir manger, fa table n’étant garnie que des mets les plus simples, ' *
ordinairement de veau ou d’oye; & on ne lui accordoit à chaque repasqu’une certaine quantité de vin. Tout cela étoit réglé avec une si sageexactitude, qu’il semble que ce n'ai t pas été l’insticution de quelque Législa-teur , mais l’ordonnance de quelque habile Médecin qui s’est proposé la con-servation de la santé du Prince : sur quoi l’on allègue l’exemple d’un des Roisd 'Egypte , nommé Tachas , qui se porta parfaitement bien aussi longtems qu’ilvécut à la manière de son Pays, mais qui s’étant retiré en Perje vit bien-tôt fa santé ruinée par les excès qu’il fit dans ce Pays-là (a). On dit qu’ily avoir, dans un certain Temple à Thèbes, un Pilier, fur lequel on lisoitune Inscription, contenant des imprécations contre un Roi qui avoit in-troduit le premier le Luxe parmi les Egyptiens (b).
II paroit extraordinaire qu’on ait gêné le Prince dans des choses qui pa-joissent être de si petite conséquence; mais ce qui mérite une véritableadmiration, c’est qu’il n’étoit pas en son pouvoir de satisfaire des passionsplus dangereuses, ni d’opprimer ses Sujets, ou même de leur faire le moin-dre tort;puisqu’il ne lui étoit pas permis de punir quelqu’un par colère ou. par caprice, ni de prononcer de sentence que conformément aux Loix. Etles Rois étoient si éloignés de trouver cela dur ou déraisonnable, qu’ils re-gardoient au contraire comme un bonheur singulier, que pendant que lesautres hommes étoient soumis à leurs passions, & en éprouvoient les sinis-tres effets, eux seuls étoient exemts de ces dangers, & vivoient d’une ma-nière conforme aux règles de la plus haute sagesse. Aussi longtems queles Princes furent fidèles aux Loix de la Justice & de la Modération, ilsfurent tendrement chéris de leur Peuple; non seulement les Prêtres, maistous les Egyptiens en général, étant plus inquiets pour la conservation duRoi, que pour celle de leurs femmes, de leurs enfans, & de leurs biens.
U Egypte fut florissante, & le Peuple heureux, pendant tout le tems quedura l’observation de ces Loix ; les Egyptiens ayant, durant cet inter-valle, soumis différentes Nations, acquis d’immenses richesses, surpas-sé la plupart des autres Peuples en nombre d’hommes ; & s’étani misen état d'orner plusieurs Provinces du Royaume d’Ouvrages d’une ma-gnificence incroyable (c).
L’Amour des Egyptiens pour leurs Rois paroissoit principalement dans Honneunleurs regrets lorsqu’ils venoient à les perdre, & dans les honneurs qu’ils ?»’««kurleur rendoient après leur mort: car aussi tôt qu'un de leurs Monarques ve- renc j»itíioit d’expirer, tout le Peuple en portoit le deuil, & déchiroit ses habits i 9 £^ tm kur
(a) iEHan. Var. Hist. L. V. c. r. (c) Diod. Sic. L. I. p. 6z, & c .
\b) Plutarch. de Isid. & Osirid. p, 35^,
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