Se ct. II.
Mœurs &Coutumesdes Egyp-tiens,
Jugementdes Dé-funts.
394. HISTOIRE ASIATIQUE, Livr. I.baumer, mais étoient gardées trois ou quatre jours au logis, pour prévenirle mauvais usage que ceux dont il s’agit, pourroient faire de leurs corps ;car un d’eux fut pris fur le fait, & accusé de ce crime par son compagnon.Si quelque Egyptien, ou même un Etranger, avoir été >.ué par un Croco-dile, ou s’étoit noyé dans la Rivière,dans quelque endro.. que le cadavre'abordât, les habitans du lieu étoient obligés par une Loi del’embaumerdefti manière la plus magnifique, & de le placer parmi les monumens consa-crés ; car il n’étoit permis, ni à ses parens, ni à ses amis, de le toucher,mais uniquement aux Prêtres duIV/ 7 , qui l’enterroient eux-mêmes, commeétant quelque chose de plus qu’humain (a).
Quand le corps de la personne décédée étoit prêt à être mis dans le Sé-pulcre, ses plus proches parens faifoient notifier au Public le jour qu’untel, en le nommant par son nom, devoir passer le Lac,pour être enterré;& à cette cérémonie étoient invités les Juges & tous les Amis. Au temsmarqué, plus de quarante Juges s’assembloient,& s’asseyoientendemi-cer-cle, dans un certain lieu au-delà du Lac , que nous supposons être celuide Motris. Le Vaisseau, dont le Pilote s’appelloit Charon en Egyptien ,étant prêt à partir, avant qu’il fût permis d’embarquer le cercueil oùétoit le corps * , chacun avoit la liberté d’accuser le défunt. S’ii pa-roissoit quelque accusateur, & qu’il prouvât ce qu’il avançoit, par exem-ple, que le défunt avoit eu une conduite déréglée, les Juges condam*noient le mort à être privé de l’enterrement ordinaire : mais si l’accusa-teur étoit convaincu de fausseté , il étoit sévèrement puni. S’i! ne paroïs-soit point d’accufateur, ou que l’accusation fût trouvée fausse, les parens,mettant fin à leurs lamentations, commençoient à réciter les louanges dudéfunt, & en s’étendant fur ce sujet ils ne difoient rien de fa naissance,tous les Egyptiens étant tenus également nobles: mais après avoir fait men»tion de quelle manière il avoit été élevé, ils déclaroient comment il s’étoicconduit étant devenu homme; s’étendant fur fa piété , fa justice, fa tem-pérance, & ses autres vertus » & conjurant les Dieux infernaux de le pla-cer parmi les gens de bien. Les affistans joignoient leurs acclamations àcette Oraison funèbre, & célébroienc les louanges du défunt, comme dequelqu’un qui aìloit pendant longtems tenir compagnie aux Justes sousterre. Après cela le cadavre etoic mis dans le sépulcre de la Famil-le, si elle en avoit un ; sinon les parens gardoient le corps chez eux,de la manière que nous savons dit ci-dessus. Ceux qui ne pou-voient pas être enterrés, soit pour quelques crimes commis pendant leurvie, soit pour dettes , étoient déposés dans quelque endroit particulierde leurs propres maisons. Mais il arrivoit souvent , que les descendansde pareilles personnes, devenant riches, payoient leurs dettes, ou ob-
(a) Herod. L. II.
* C’est-ià le sens de l’Original : quoiqu’il semble plutôt, par l’endroit où les Juges étoientaíîîs, savoir de l’autre coté du Lac , que !s corps étoit déjà actuellement transporté j mai#qu’il n’éHjjt pas permis de le débarquer, avant que ia sentence en fût prononcée.