483 HISTOIRE ASIATIQUE, Livr. I.
Sect.V. 6e la Mer. Outre cela, il leur donna encore des endroits pour y bâtir desRois d'E- Autels & des Temples à l’honneur de leurs propres Dieux. Conformémentgypie. à cette permission, ils érigèrent différons Temples, dont le plus fameux &
-- le plus fréquenté s’appelloit le Temple Grec: Temple qui fut construit aux
dépens de plufieurs Villes de la Grèce. Ceux d’Egine érigèrent un Templeà Jupiter à leurs fraix en particulier ; les Samiens un autre à Junon ; & lesMiléjìens un troisième à Apollon. Enfin les Grecs choisirent quelques Per-sonnes parmi eux pour présider aux affaires de leur Commerce & de leurReligion ; & formèrent depuis ce tems - là un Corps très considérable enEgypte.
La réputation à'Amafìs en fait de générosité &d’humanité étoit si gran-de, que lorsque ceux de Delphes, dont le Temple avoit été brûlé, allèrentde Ville en Ville pour collecter dequoi subvenir à cette partie des fraix quileur étoient imposés, ils s’adresterent, non seulement aux Grecs en Egypte,mais aussi à Jlmafis lui-même , qui leur fit présent de mille Talens. IIcontracta une Alliance avec 1 es Cyrénéensi & ayant envie d’une FemmeEpouse une Grecque, ou bien voulant donner un témoignage éclatant de son affectionGrecque, p 0ur ce Peuple, il épousa Laodice ,fille de Battus, suivant quelques-uns ; maisd’autres disent qu’elle étoit fille d '/Ircéfilas ; & d’autres enfin de Critobule ,personnage de grande autorité parmi les Cyrénéens. Ce mariage alloit assezmal au commencement, puisqu’il fallut l’intervention d’une Divinité pour leconsommer. Car Amafis , par un malheur bizarre, n’éprouvoit cette espècede fâcheux anéantissement qu’avec sa Femme. Quand Amafis eut été quel-que tems dans cet état, il conclut qu’il étoit ensorcelé , & que sa Femmeavoit employé quelque secret magique pour l’affoiblir. Une nuit, qu’ilétoit couché avec elle, il lui reprocha ce prétendu crime, & lui protestaque tout son art ne la déroberont pas à fa juste vengeance. Elle se tintsur la négative, & tâcha de lui faire avoir meilleure opinion d’elle; maisUn Mira • le tout inutilement. Dans cette détresse, elle soupira une prière à Fè-à ms , & promit à cette Déesse, qu’en cas qu’elle la tirât d’une situation sitriste, elle feroit ériger une Statue à Cyrène en son honneur. La Déessefut propice, & Amafis se trouva comme les autres hommes, ce qui étoitle seul moyen de terminer tout cet embarras ; & témoigna beaucoup d’a-initié à fa nouvelle Epouse. Laodice accomplit son vœu ; & la òtatue deVénus , consacrée à cette occasion, se voyoit encore plusieurs siècles aprèshors des portes de Cyrène. Ce miracle , (car on ne manqua pas de l’ap-peller ainsi,) inspira beaucoup de vénération & d’attachement h Amafispour les Dieux des Grecs , comme cela parut par les dons qu’il fit à laDons qu’il Grèce. II envoya à la Ville de Cyrène une Statue de Minerve , toute do-confacre à rée, & son propre Portrait de grandeur naturelle- 11 donna à la VilleU Grèce. Lindus deux Statues de pierre représentant la même Déesse , avec unmagnifique Pectoral de lin, admirablement bien travaillé. II en envoya àSamvs deux de bois, quilerepréscntoient iui-même, &qu’on voyoit encore,plusieurs siècles après, derrière les portes du grand Temple de Junon. Cefut à l’occasion d ePolycrate, avec qui il avoit des liaisons particulières d’a-
mitié,