Sect. I.J7-V?- 'riesMoabites .
516 HISTOIRE ASIATIQUE, Livr. I.
Prophète les plus magnifiques promesses, afin de l’engager à accorderce qu’on souhaitoit de lui. Baìaam leur dit, qu’il n’y avoit point de ré-compense au monde, qui pût le porter à prononcer des Oracles désavoués■ de Dieu. Cependant, comme les offres de Balak avoient fait de vivesimpressions fur lui, il consulta encore une fois Dieu, & en obtint la per-mission daller, à condition néanmoins qu’il ne dît rien que ce qui lui feroitdicté par cet Etre suprême. En conséquence de cette permission, Balaampartit avec les Ambassadeurs, dans le dessein, à ce qu’il paroi t, de favo-riser autant qu’il lui feroit possible ceux qui le faisoient venir. Mais Dieuqui defapprouvoit ces intentions, envoya un Ange, qui fe plaça fur la routede Balaam avec une épée nue à la main, dans le tems que ce Prophètevenoit monté fur une Anesse, accompagné seulement de deux Serviteurs,& étant encore à quelque distance du reste de ceux qui faisoient le voyageavec lui. L’Anesse voyant l’Ange, quoique son Maître ne le vît pas, se dé-tourna du chemin, & s’en alla par le champ » ce qui fut cause que Balaamla frappa. Ensuite l’Ange s’arrêta dans un sentier entre deux murailles,contre une desquelles l’Anesse, qui vouloit éviter l’Ange, ferra le pié deBalaam , qui la frappa de-nouveau. Enfin l’Ange s’arrêta dans un dé-troit, où il n’y avoit moyen de tourner, ni à droite, ni à gauche. La feu.le ressource de l’Anesse alors fut de se coucher sous Balaam , ce qui le mitdans une telle colère, qu’il la frappa pour la troisième fois. Sur quoi Dieuouvrit miraculeusement la bouche de l’Anefle qui demanda distinctement àson Maître, pourquoi il l’avoit ainsi frappée jusques à trois fois*. Balaam yque la colère aveugloit au point de ne pas remarquer le prodige f, répon-dit q u'elle s’étoit moquée de lui, & souhaita d’avoir une épée pour latuer. L’Anesse répliqua par une nouvelle question, demandant si jamaisauparavant elle en avoit agi ainsi à son égard, & Balaam fut obligé d’avouerque non. Immédiatement après, les yeux de Balaam furent ouverts, &ce Prophète vit l’Ange se tenant devant lui s épée dégainée à la main. A
* Cet évènement est si extraordinaire, que quelques Juifs , malgré leur tendresse de cœurpour le merveilleux, n’ont pu s’imaginer que la chose soit réellement arrivée. Philon ( 1 ),en rapportant l’Bistoire de Balaam, omet entièrement cette circonstance; & Maìmoni-âes (2) prétend que ce fut dans une Vision prophétique, que ceci arriva à Balaam. Maiscomme ce miracle n’a rien de supérieur à la puissance de Dieu , & que le Texte de l’Eciu.tore est clair, il n’y a aucune raison de le révoquer en doute. Au reste les Payens n’ontaucun reproche à faire là-dessus à Moyse , puisque leurs Livres font pleins de pareils prodi*-ges. Témoin la Monture de Hacchus , le Délier de Phryxus , le Taureau d ‘Europe, lesChevaux à'Achille & à'/ldrafte, l’Eléphant de Porus, & l’Agneau-qui étoil en Egypte fousle Règne de Bocchoris (z).
t Ce doit avoir- été-là la véritable raison pourquoi Balaam ne témoigna pas plus desurprise- D’autres trouvent une solution de son peu d’étonnement, dans la supposition qu’ilétoit imbu de la doctrine de la Transmigration des Ames: doctrine qui étoit, & qui n’est en-core à présent, que trop répandue dans l 'Orient (4). A-la-vérité Jofèphe ditmais fauspreuve, qtt’il fút effrayé de cet accident (§).
fi) rhilon. de Viu Moffs, L- I. £4) Clerlei Comment, in locum.
ï í M <>te Neyoch. F. II. c. 2 . (s) Joièph, Ami q. L, IV. c- 6.
íu Patncks. Comnieat. on Numb. XXIU