DES PEUPLES DE C A N A A N, Chap. IV. 555
fainéans & paresseux, qui se font un sot honneur de mépriser Je travail Sect. iv,& l’industrie. Car ceux-ci auront certainement dans leur caractère un mê- mj} j eslange de bassesse, de grossièreté, & d’ignorance; au-Iieu que les autres ne Iduméens.
manqueront pas de se distinguer par leur prospérité, leur industrie, & leur --
bravoure. Ainsi la prédiction à'IJaac à l’égard des Iduméem , savoir qu’ilsvivroient par l’Epée, ne signifie apparemment autre chose, sinon qu’ils main-tiendraient leurs droits, naturels ou usurpés, avec hauteur & à main ar-mée, comme ont toujours fait ceux qui ont eu l’empire de la Mer. Lecaractère que nous venons de tracer des Iduméens , n’est fondé, comme onvoit, que fur un parallèle entre eux & d’autresPeuples plus modernes, oumême de notre tems: méthode qui nous parait assez raisonnable lorsque lerautorités manquent. Car en ôtant les effets produits par la différence desClimats, nous croyons ne pouvoir guéres nous tromper en comparant lesIduméens avec d’autres Nations fameuses par l’étendue de leur Commerce,lesquelles font très éloignées de vivre de rapine : & c’est ce qui paraîtraplus clairement encore, lorsque nous ferons parvenus à l’article de la con-duite qu’ils tinrent à l’égard de Muyse ; car quoiqu’ils lui refusassent J’entréede leur Pays, ils se montrèrent néanmoins disposés à trafiquer avec lui, &à le pourvoir des choses nécessaires, comme nous le verrons bientôt. LesJdumeem , dont Jojèphe a donné ci-dessus le caractère, étoient une race bâ-tarde , qui avoit entièrement dégénéré de la générosité A de la noblessed’ame de ses Ancêtres.
Leurs Arts & leurs Sciences ont été fans doute très considérables, eu j rU gégard au tems: & quoique nous ne trouvions aucune nécessité de suppo- Sciences.fer avec le fameux Newton , qu’ils en ont été les premiers Inventeurs, nousne nous faisons aucune difficulté de dire, qu’ils ne le doivent céder presqueen rien aux plus anciens Peuples qui ont cultivé les Sciences. L’invention& futilité des Constellations paraissent par le Livre de Job avoir été con-nues parmi les Iduméens ( a ), au milieu desquels ce Saint Homme demeu-rait (b) : exemple singulier des progrès qu’on a faits de bonne - heure enAstronomie, si nous supposons que Job a été un personnage réel, ou quele Livre même est d’aussi ancienne date que quelques Savans le préten-dent, 11 y est fait mention de l’Art d’écrire ( c ), & de celui de construiredes Vaisseaux (d). Outre cela on y trouve plusieurs endroits qui prou-vent asstz clairement, que les Iduméens avoìent de magnifiques idées furles secrets & fur les beautés de la Nature, aussi - bien que fur les devoirsde la Morale. La même chose pourrait d’ailleurs être facilement prouvéepar le témoignage de quelques Auteurs profanes, mais c’est de quoi nousaurons occasion de parler dans la fuite. Ce qu’il y a de certain, c’est quetous les Savans demeurent d’accord que les Sciences leur ont de grandesobligations.
(a) Tob. IX. 9. f C) Supr. p. 536. Note f,
(Z>) St. August. de Civitat Dei L. XVIII. Çd) Job IX.c. 47. Laraent. IV. 21.
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