HISTOIRE DES ATHENIENS. Liv. I. Cn. XVIII. 535ques-uns, à la mort d ’ Alcibiade, quoique ce Grand-Homme fût bien loind'eux *. Vers ce même rems, c'elì à-dire, un peu après que le Gouver-
* Nous parlerons dans cette Note des malheurs Alcibiade , qui rendit fes plus grandsservices à fa Patrie, & qui auroit fait bien davantage encore pour elle, si f impatience &l’ingratitude de fes concitoyens ne l’avoient pas mis hors d'état de les servir. Plutarquenous apprend qu’on le dépouilla de son emploi, non à cause de quelque faute qu’il eutcommise, mais parce qu’il n’avoit point fait tout ce que les Athéniens avoient espéré de lui.Le succès de fa prémiêre expédition les avoir enivrés au point qu’ils s’imaginoient qu’il netenoit qu’à lui de réussir dans tout ce qu’il voudroit entreprendre, quoique fes Vaisseauxfussent mal pourvus de tout, & fes Soldats fans paye. Quand il fut parti pour l’Ile de Cìiio& pour YIonie, ils croyoient que les prémiéres nouvelles qui leur viendroient de ces Pays,feraient ostì Alcibiade en avoir fait la conquête ; mais fe trouvant trompés dans leur attente,ils le prirent en haine, & lui surent mauvais gré de n’avoir pas fait l’iinpossible. A la foliegénérale de fes concitoyens fe joignit fenvie particulière de quelques-uns des principauxd’entre eux. Thrafybule conçut de l’aversion pour lui, & la plupart des dix Généraux quifurent les victimes de la fureur du Peuple , tâchèrent de détourner cette fureur fur lui; cequ 'Alcibiade n’eut pas plutôt remarqué, qu’il se retira, conformément à son ancienne maxi-me, Qu'il fallait être fou pour fe défendre contre une accusation à laquelle on pouvait fe déroberPar la fuite. Dans son expédition de Tlïrace il se servit de ceux qui lui offrirent leurs servi-ces, & le fit dans des intentions qui ne pouvoient que lui faire honneur; prémièrement, pours’aííurer une retraite ; & en second lieu, pour garantir les Villes Grecques cjuì étoient dansson voisinage, des insultes de ces Thraccs, qui, n’obéissant point au Roi, ne consultoientque leur intérêt, & fe faisoient une règle d’attaquer tous ceux qui n’étoient pas en état de fedéfendre. Après la destruction totale de la Flotte Athénienne , & la retraite de Canon à Cy.pre , Alcibiade ne fe crut plus en fureté dans fa Forteresse} car les Lacédémoniens, fes an-ciens ennemis, étoient devenus assez puissans pour pouvoir trouver quelque occasion de ver»,ger fur lui les défaites qu’il leur avoir lait essuyer: c’est pourquoi il fe retira d’abord en Bithy-nie ; mais comme il ne s’y croyoit pas encore bien à couvert du ressentiment de ses ennemis,il alla trouver Pharnabaze, qui le reçut avec une extrême civilité, & même, îi ce qu’il croyoit,avec la plus sincère amitié. Toutes les espérances des Athéniens, dans le tems du cruelgouvernement des trente Tyrans, étoient fondées fur Alcibiade : ils connoiífoient son a-mour pour fa Patrie, & ne doutoient pas qu’il ne fît tous fes efforts pour la délivrer. C’é-toit l’idée des Tyrans mêmes, & particulièrement de Critias leur Chef, qui avoit été fouplus intime ami, & è la réquisition duquel avoit passé le Decret du rappel à’Alcibiade.Mais la fureur de dominer romt tous les liens, tant du sang que de l’amitié. Celui qui a-voit eu pour lui la plus sincère affection, devint l'on ennemi mortel, & fit dire à Lyfan~dre, qa’Athènes ne fcroit jamais tranquille, ni Sparte en fureté, tant qu ’Alcibiade feroit euvie. Le Général Lacéâémonien, ne voulant pas fe déshonorer par un assassinat, reçut cemessage avec le mépris qu’il méritoit ; mais Critias s’étant adressé au Magistrat de Sparte, fitdonner à Lysandre des ordres qu’il fut obligé de respecter. Pour cet effet il envoya un mes-sager à Pharnabaze, qui remit le Crin de cette affaire à son frère Magaas, & à son OncleSufatnithres. Alcibiade demeurait alors dans un petit Village en Phrygie , avec une Maîtres,fe nommée Timandre. En dormant il eut le songe suivant. II se vit lui-mêtne vêtu des ha-bits de fa Maîtresse, qui, le tenant entre fes bras, le coëssoit & lui fardoit le visage com-me S ’ii eût été une femme. D’autres disent, qu’il songea que Magceas lui coupoit la tête,& faisoit mettre son corps fur un bûcher; & l’on prétend que ce fut peu de tems avant semort qu’il eut ces visions. Ceux qu’on envoya pour le tuer, n’ayant pas eu le courage d’en-treroù il étoit, fe contentèrent d’environner la maison , & d’y mettre le feu. Alcibiade é-tant sorti à travers les flammes, le bras gauche enveloppé de fa robe, & f épée dans la maindroite, les Barbares n’oférent l’attendre ; mais tous, en fuyant & en reculant, l’accablérens:de dards & de flèches. Quand il fut mort, les Barbares fe retirèrent. Timandre alla ramas-ser sou corps, & l’ayant enveloppé & couvert des plus belles robes qu’elle eut , elle lui ftdes funérailles aussi magnifiques que l’état de fa fortune présente le permettoit. Elle le fitenterrer dans la Ville de Mélisse ; & nous apprenons $ Athénée, que le Monument fubsistoitencore de son tems, puisqu’il le vit de ses propres yeux. L’Empereur Adrien fit placer 1»
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Histoiredes Athé-niens.