[XVI1.S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 45
envoya contre les rebelles. Ce dernier acte acheva d’exas-pérer les esprits; chacun se récria contre les scandaleuxabus qui existaient dans l’administration du royaume, et quiavaient fait du mari d’unë femme de chambre venu en France sans aucun bien, un homme assez riche pour lever une arméeà ses frais. Des clameurs s’élevèrent de toutes parts contrel’Italien, et une multitude de suppliques furent adressées àla reine pour réclamer l’expulsion de ce misérable.
Marie de Médicis , qui était plus entichée que jamais de lalavorite et de son amant, repoussa toutes les réclamations etmaintint le maréchal d’Ancre au pouvoir. Celui-ci ne gardaplus alors de mesures dans sa conduite à l’égard de ses en-nemis comme envers le roi lui-même; il ne se contenta pasde lui enlever toute autorité, il voulut s’assurer de sa per-sonne, lui défendit de sortir de Paris j et ne lui permit au-cune distraction, si ce n’est de faire des promenades aux Tui-leries ; enlin il le traita avec une telle sévérité, qu’il donnalieu d’accréditer le bruit déjà trop répandu qu’il était le pèredu roi de France .
Pendant que Concini agissait ainsi, les seigneurs confé-dérés inondaient la F rance de leurs manifestes contre la ré-gente et contre son ministre, et entraînaient d’importantesdéfections dans le parti de la cour. Marie de Médicis s’effrayaalors de la tournure que prenaient les choses; et pour pré-venir de plus grands malheurs pour son cher Concini , ellerésolut de gagner à sa cause les principaux membres de lacabale en leur abandonnant une partie des domaines de lacouronne et en leur offrant le partage des dépouilles dupeuple. Des princes ne pouvaient refuser de semblables pro-