[XVII.S.] CRIMES des ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 65
Richelieu comprit dès l’abord la mission qu’il avait à rem-plir; avide de pouvoir, il sentit que pour s’y maintenir ildevait exalter la royauté, et que pour grandir la monarchieen France il devait abaisser les puissances étrangères. Sesplans arrêtés, le nouveau ministre se mit à l’amVre ; il com-mença par écarter ceux qui pouvaient apporter quelqueobstacle à l’exécution des vastes projets qu’il avait médités;il força le surintendant la Vieuville, qui lui inspirait quelquecrainte, à se démettre de sa charge ; et pour prix de ce sacri-fice, il l’enlerma au château d’Amboise , oubliant toutes lesobligations qu’il avait à cet homme d’état. Ensuite il poussavigoureusement l’affaire de la Valteline; puis, la paix con-clue de ce côté, il décida Louis XIII à donner sa sœur Marie-Elisabeth en mariage à Charles L r d’Angleterre, dans l’espoirsecret que cette princesse exciterait par son fanatisme assezde troubles dans la Grande-Bretagne pour que ce pays eût às’occuper de ses propres affaires et ne pût songer à lui sus-citer des embarras.
Ce fut à cette occasion que le beau duc de Buckinghamvint en France en qualité d’ambassadeur extraordinaire, pourramener à son maître la fille bâtarde de Henri IV , la princesseMarie-Élisabeth. Bien fait de sa personne et magnifique dansson luxe, le seigneur anglais attira tous les regards et devinttellement â la mode, que toutes les grandes dames se disputè-rent sa conquête. Anne d’Autriche elle-même ne put se dé-fendre d’un irrésistible entraînement, et reçut dans la coucheroyale le beau duc de Buckingham, au grand déplaisir deRichelieu, qui nourrissait toujours une passion secrète pourla reine. Néanmoins il n’osa pas découvrir â Louis XIII lesîx. 9