[XVII.S.] GRIMES des ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 115
sévère et inexorable doit flétrir la mémoire d’un homme qui,pour se maintenir à la place de ministre, c’est-à-dire depremier valet d’un roi, n’a pas craint de bouleverser l’Europe entière, de couvrir de guerres et d’embrasements l’Italie ,l’Allemagne, la Suède, le Danemark , l’Angleterre, la Hollandeet la France ; de faire tomber sous la hache du bourreau desmilliers de têtes; de faire emprisonner, torturer et brûlerun nombre prodigieux de protestants et de catholiques.
Dans sa conduite privée comme dans sa vie politique, Ri-chelieu mérite d’être blâmé, d’abord pour avoir payé de laplus noire ingratitude celle à qui il devait son élévation, Mariede Médicis ; pour avoir persécuté sans relâche la jeune reineAnne d’Autriche jusqu’au moment où elle eut consenti à selivrer à lui ; ensuite pour avoir traîné la robe de cardinal dansde honteuses turpitudes, en s’affichant l’amant en titre d’uneprostituée, de Marion de Lorme , en mettant les trésors etles dignités du royaume à la merci de ses maîtresses; pouravoir épuisé la France d’hommes et d’argent, à ce point queles deux tiers de la population étaient obligés de disputer auxbêtes de somme l’herbe des champs; pour avoir arrêté l’es-sor de l’industrie et du commerce ; enfin pour avoir volé tantde richesses que pendant toute la durée de son ministère ilput dépenser annuellement douze millions pour sa table, seséquipages, ses palais, ses terres, ses seigneuries; et qu’aumoment de sa mort, il était encore si riche, qu’un roi sefût estimé heureux* d’être son légataire. Nous conclurons endisant que Richelieu, pendant le cours de son existence, s’estmontré tour à tour bas, rampant, hypocrite, audacieux, lâ-che, implacable et féroce, suivant que l’exigeait l’intérêt de