[XVII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 129
teurs, payés par la cour, se répandirent dans les rues de lacapitale, appelèrent les Parisiens aux armes, et, mêlés à lapopulation, ils coururent assiéger le palais où les membresdu parlement tenaient leurs séances. Le premier ministre,charmé d’avoir amené cette collision, envoya des régimentsde gardes françaises et de Suisses sous prétexte de protégerle parlement, mais en réalité pour le rendre encore plusodieux au peuple, et fit mitrailler les bourgeois. Néanmoins,quand il s’aperçut que les citoyens enfonçaient les portes deséglises pour sonner le tocsin, et que dans toutes les rues ilsélevaient des barricades, il craignit que l’émeute ne dégé-nérât en révolution ; il s’empressa de faire rentrer les troupesdans leurs quartiers, et fit afficher immédiatement une pro-clamation dans laquelle il annonçait une amnistie pleine etentière pour tous les coupables.
Dès le lendemain, la régente et son fils vinrent au parle-ment pour demander l’enregistrement de l’édit du tarif,dans la croyance où était le ministre que les conseillersn’oseraient point faire d’opposition après les scènes terriblesqui avaient eu lieu les jours précédents. Mais pour cette foisles espérances du cardinal se trouvèrent déçues. L’assem-blée persista dans sa courageuse résistance; et le mêmeavocat général, Orner Talon, qui avait déjà fait un si noblediscours à la régente dans le dernier lit de justice tenu parJe roi, adressa au jeune prince les remontrances suivantes :
« Depuis dix ans, sire, les provinces sont ruinées, les« pavsans ne couchent plus que sur la paille, leurs meubles» sont vendus pour te payement des impositions et pour en-
» tretenir le luxe de votre cour; vingt millions d’hommes la-
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