[XVII.S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 135
» et terrible, du pont Neuf , s’étendit en une nuit sur tous» les quartiers de la ville. Tout le monde, sans exception,» prit les armes ; des enfants de cinq et de six ans marchaient» dans les rues des poignards à la main; des femmes se mê-» laient aux hommes et chargeaient les fusils. Plus de douze» cents barricades bordées de drapeaux interceptaient les» communications et arrêtaient les charges de cavalerie.» Comme je traversais une place pour me rendre auprès d’un» seigneur de mes amis, je vis un petit garçon de dix ans» qui tramait plutôt qu’il ne portait une lance, qui était as-» surément du temps de Charles VII . J’en vis un autre un» peu plus âgé qui portait un hausse-col de vermeil sur le-» quel se trouvait gravé le portrait de l’assassin de Henri III ,» avec cette inscription : « Saint Jacques-Clément. »
Malgré le tumulte qui régnait dans Paris , le parlementtint séance, et décida qu’il irait en corps demander à la ré-gente la liberté de Broussel et du président Blancménil. Im-médiatement tous les conseillers, au nombre de cent soixante,se dirigèrent vers le Palais-Royal, aux acclamations d’unefoule immense qui s’empressait d’ouvrir les barricades surleur passage. Admis en présence d’Anne d’Autriche , le pre-mier président expliqua les motifs de la démarche de sescollègues avec toute la fermeté et la liberté que lui comman-daient les circonstances ; il lui représenta qu’il était tempspour la royauté de cesser de mentir au peuple, et lui remon-tra avec force le péril où se trouvait engagée la couronneen entreprenant une lutte contre les citoyens.
La régente, transportée de fureur, ne voulut pas mêmeécouter jusqu’à la fin le discours du président, et l’inter-