[XVII S.] CRIMES des ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 175
les affaires de l’état, et exigea que les ministres lui permissentde puiser, selon son bon plaisir, dans le trésor public.
Pendant plusieurs années, Louis XIV parut entièrementsubjugué par cette courtisane, et sauf quelques infidélitéspassagères, dont celle-ci se dédommageait amplement, ilsembla qu’il fut devenu impossible de détacher le monarquede la favorite. La pauvre la Vallière était réduite à servir enquelque sorte de dame d’honneur à sa rivale, qui abusaitimpitoyablement de ses avantages, et ne lui épargnait niaffronts ni dégoûts pour la chasser de Versailles . L’indignemonarque, pour plaire à la Montespan, lançait égalementet à tout propos des sarcasmes contre son ancienne maîtresse,qui cependant n’était coupable que de l’aimer toujours; illui parlait durement, même en présence des courtisans, etpoussait l'ironie jusqu’à l’insulte. Enfin, un jour elle osa seplaindre et supplier le roi d’avoir pitié de sa douleur;Louis XIV , au lieu de lui donner des consolations, éclata enreproches, lui signifia qu’il était fatigué de voir un visageconstamment en pleurs, et qu’il voulait être débarrassé d’elle.La Vallière n’avait alors que trente ans et elle était danstout l’éclat de sa beauté; mais il lui manquait une chosepour plaire au monarque, c’était la connaissance de mon-strueux secrets de débauches dont savait faire usage la Mon-tespan pour captiver le roi. L’infortunée quitta immédiate-ment la cour et se retira aux Carmélites .
Louis XIV la vit s’éloigner d’un œil sec, et ne fit rien pouradoucir l’amertume de cette cruelle séparation. La Montespantémoigna ouvertement la joie que lui faisait éprouver la dis-grâce de sa rivale. Néanmoins elle ne régna pas seule sur le