[XVII.S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 177
sur madame de Montespan ; et on.dit même assez publique-ment que la favorite avait fait prendre un breuvage empoi-sonné à sa rivale, et avait causé son avortement et sa mort.
La marquise revint en grande-faveur auprès de Louis XIV ;ce qui n’empêcha pas le monarque d’arrêter son attentionsur d’autres objets ; mais ces liaisons n’étaient que de simplespassades.
Une seule donna quelque inquiétude à la Montespan, parla merveilleuse habileté du mari de sa rivale, le duc deSoubise, débauché émérite, qui, connaissant les goûts dé-pravés du roi, enseignait à sa femme les secrets qui de-vaient captiver son amant, et tirait parti de son infamie ense faisant donner par sa majesté le palais des Guises, plu-sieurs domaines immenses, trois millions d’écus et le titrede prince. Madame de Roquelaure succéda à la rousse prin-cesse de Soubise, et obtint quelques millions que son camardet bouffon de mari dévora au jeu et dans des orgies, car à samort il ne laissa en héritage à ses bâtards qu’un nom flétriet pas une obole. La belle de Ludre, demoiselle de Lorraine ,remplaça madame de Roquelaure, et fut un instant toute-puissante à Versailles . A son tour la favorite la fit renvoyer dela cour, et ne lui laissa emporter que les diamants qu’elletenait de la générosité du monarque. Ces trois maîtresses etd’autres encore avaient passé comme des éclairs ; la marquisede Montespan seule était restée et paraissait plus adorée quejamais; ses enfants étaient élevés publiquement, et les cour-tisans leur rendaient les mêmes honneurs qu’aux fils deFrance ; ils avaient leurs maisons, leurs gouverneurs et leursgouvernantes.
IX.
23