[ 1779 .]
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En l’absence du jeune Romuald, le souverain pontife seconduisit comme il eût fait pour la maîtresse la plus chérie;il s’occupa de lui faire décorer un magnifique palais par lespremiers artistes peintres et sculpteurs; il l’orna de splen-dides ameublements, de riches tentures et d’objets extrême-ment précieux comme antiquités ou œuvres d’art. Il sedonna même tant de mouvement pour rendre ce palais dignede l’objet de ses honteux amours, qu’il en tomba gravementmalade et courut risque de la vie.
Le nonce, averti de l’état où se trouvait son oncle, revintimmédiatement à Rome , sous prétexte de lui donner des con-solations, et en réalité pour ne pas laisser à d’autres le soinde piller le trésor apostolique. La convalescence de Pie YIfît avorter les espérances du beau neveu en ce qui concer-nait le pillage de la caisse de l’Eglise, mais ne fit que rendresa fortune plus brillante. D’abord il fut créé protonotaireapostolique, titre qui lui donnait le droit de porter la robeviolette et de se faire appeler monsignor; ensuite il fut misen possession de la place de majordome du souverain pontifeet de plusieurs bénéfices très-importants.
Sa Sainteté ne s’en tint pas à ces actes de complaisancepour sa famille. Quand elle eut assuré la fortune de sonbâtard chéri, elle songea à l’établissement du frère aîné; ellelui donna également le titre de comte, des équipages, deschevaux, des palais; elle lui permit de puiser dans le trésorapostolique pour faire des spéculations de la plus révoltantecupidité, pour accaparer les grains, les huiles et toutes lesdenrées de première nécessité, dont il faisait hausser lesprix et qu’il revendait ensuite avec des bénéfices scandaleux.