Band 
X.
Seite
43
JPEG-Download
 

[XVIII. s.] GRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 43

lement acheter de la popularité au même prix : il donna unmillion à lTIôteLDieu, un million à l’Hôpital-Général, unmillion aux Enfants-Trouvés; il consacra plusieurs millions& l’acquittement des dettes des nobles de sa cour.

Law créait toujours de nouvelles actions pour fournir auxprodigalités du régent et en inondait la France , au point quele chiffre du capital émis, enflé par l’agiotage, s’élevait alorsà dix milliards. Le système était à son apogée, et cependantPhilippe d’Orléans n’était point satisfait. Lui-même se mit àinbriquer secrètement des actions pour plus de onze centsmillions, les répandit dans la circulation comme un faus-saire, en acheta des terres, des domaines, des châteaux, desseigneuries, et prépara la fortune colossale de la famille desd’Orléans .

i

A partir de ce moment le système commença à perdre deson immense faveur. Les seigneurs mississipiens et les rouésqui étaient dans la confidence de ces émissions frauduleuses,contribuèrent surtout par leur empressement à convertir enespèces, en terres, en meubles, en marchandises ou en den-rées le montant de leurs actions, à en déprécier la valeur. Leprince de Conti eut l’impudence de faire ramener en pleinjour de la banque plusieurs voitures chargées d’argent. Leduc de Bourbon, moins heureux que son parent, n’ayant puréaliser en numéraire son papier-monnaie, s’entendit avecle duc de la Force pour acheter tous les suifs, graisses etsavons existants sur la place ; d’autres accaparèrent les épi-ceries , les sucres, les calés, les foins, tout ce qu’ils purenttrouver. En un instant le prix des marchandises et des pro-priétés s’éleva à un taux inconnu avant cette époque; et l’af-