[XVIII. s.] CRIMES des ROIS, DES REINES ET des EMPEREURS. 57
vêque de Nantes et même l’évêque de Clermont , le célèbreMassillon, ne rougirent point d’apposer leur nom au bas del’acte qui garantissait la pureté des mœurs de Dubois, sascience ecclésiastique, et qui le déclarait digne de gouvernerle siège de Cambrai .
On rapporte que le jour fixé pour la cérémonie des ordres,qui devait précéder celle du sacre, il se passa une scene fortplaisante; qu’au moment où Massillon allait lui donner laprêtrise , il lui demanda à recevoir le diaconat, le sous-diaco-nat, les quatre mineurs, enfin la tonsure ; et que l’évêque deClermont , impatienté, s’écria : « Ne vous faudra-t-il pas» également donner le baptême? » Peu de jours après, il lutsacré avec un faste inouï, dans l’église du Val-de-Grâce, enprésence du régent et de tous les grands dignitaires duroyaume. Il montra une telle arrogance pendant cette céré-monie, que Philippe lui-même s’étonnait de voir son favoriparvenu à une si grande fortune. Cependant Dubois aspiraità s’élever plus haut; son ambition n’était pas satisfaite, ilsongeait à jouer dans l’état le rôle des Richelieu et des Ma-zarin, et voulait comme eux porter la pourpre. 11 lit intri-guer en cour de Rome par le cardinal de Rohan et par l’abbéTencin, et obtint le chapeau.
Dubois , le fils de l’apothicaire de Brives-la-Gaillarde , de-venu ministre, devenu prince de l’Église, désirait plus en-core, il ne voulait pas même avoir d’égaux dans l’état; ilessaya de se débarrasser de l’évêque de Fleury et lui lit pro-poser l’archevêché de Reims, qui donnait au titulaire le rangde premier pair de France. Mais le rusé précepteur avait de-viné que le cardinal voulait, en lui donnant un poste aussi im-