[XVIII. s.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 59
au travail et se trouvait absolument étranger à l’administra-tion du royaume. En conséquence , il se décida à frapper ungrand coup, et à faire arrêter le maréchal de Villeroy ; maiscomme il ne pouvait sévir contre le gouverneur du roi sansun grave prétexte, et que d’autre part il n était point conve-nable qu’il se déclarât le champion du cardinal Dubois, ilimagina de tendre un piège au maréchal. Sachant combien cevieillard vaniteux poussait loin l’extravagance de son zèlepour la personne du jeune roi, il affecta un jour de vouloirentretenir Louis XY en particulier, et le pria de passer dansun cabinet voisin. Ainsi qu’il l’avait prévu, Villeroy s’y op-posa, prétendit que son titre de gouverneur l’obligeait à nepas perdre de vue un seul instant le prince. Philippe pritalors son ton d’autorité, et dit au maréchal : « Vous vous«oubliez, monsieur, vous ne sentez pas la force de vos» termes; il n’y a que la présence du roi qui m’empêche de» vous traiter comme vous le méritez, » et il s’éloigna aussi-tôt. Plusieurs courtisans représentèrent au gouverneur qu’ilétait allé trop loin en offensant ainsi le chef de l’Etat, et qu’ildevait s’attendre à une disgrâce, s’il ne la prévenait par unedémarche conciliatrice. Le vieux maréchal se laissa intimiderpar ces observations, et résolut de suivre le parti qu’on luiindiquait; il se rendit immédiatement à l’appariement duduc d’Orléans; c’était là qu’on l’attendait.
Des mesures pour son arrestation avaient été concertéeschez le cardinal Dubois entre le maréchal de Berwick, dont lenom se trouve mêlé à toutes les iniquités de cette époque, lecomte de Belle-lsle et le secrétaire d’état le Blanc. Villeroytraversa en toute sécurité les pièces qui précédaient le cabinet