[XVIII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 61
désespoir, que Philippe fut contraint pour l’apaiser de dé-pêcher un exprès et de faire ramener monseigneur de Fréjus .Celui-ci, charmé d’avoir été l’objet de regrets aussi vils de lapart de son royal élève, ne se fit point prier pour reparaîtreà la cour, où il prévoyait que l’avenir lui préparait la pre-mière place. Il consentit même et de fort bonne grâce à fairegoûter au roi le duc de Charost, qui avait été nommé gou-verneur en remplacement du maréchal.
Cet exil de Villeroy arrangea tout le monde. Dubois n’ayantplus à craindre les clameurs et l’opposition du vieux maré-chal , s’occupa de vaincre certaines répugnances du régent àson élévation au poste de premier ministre, et en vint à sonhonneur, au grand scandale de la France .
Le parlement, qui était vendu au cardinal, enregistra com-plaisamment les lettres patentes de celte nomination ; lesgrands seigneurs applaudirent ; les journaux de la cour encen-sèrent Dubois, et l’Académie française , suivant ses habitudesde courtisanerie , l’installa parmi les illustres. 11 ne manquait 'plus au ministre-cardinal, pour égaler en tous points ses de-vanciers, Richelieu etMazarin, que de grossir sa fortune et delui faire atteindre les proportions gigantesques de celle de cesdeux ministres. Indépendamment des sommes énormes,qu’ilavait fait passer en Angleterre, et dont on n’a jamais pu savoirle chiffre exact, il s’adjugea les revenus des abbayes de No-gent-sous-Coucy, de Saint-J ust, d’Airvaux, de Bourgueii, deBerg-Saint-Yinox, de Saint-Bertin, de Cercamp, et de beau-coup d’autres, qui lui formèrent un revenu de plusieurs mil-lions. En même temps il s’occupa de faire disparaître les
preuves d’un mariage qu’il avait contracté dans sa jeunesse
x. 9