[XVIII.S-l CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 65
dantla courte durée de ce ministère, reparut aussitôt sur lascène pour recueillir -l'héritage de son précepteur et le rem-placer dans sa charge. Son altesse n’avait nullement perdul’espoir de régner un jour sur la France , et la manière hahiledont elle conduisait Jes affaires montrait qu elle n avait rienchangé à ses projets.
Quelques mois avant la déclaration de la majorité deLouis XV , le régent avait nommé Dubois premier ministre,et l’avait fait maintenir dans ce poste important par le jeuneroi, pour éviter que le peuple ne l’accusât de vouloir per-pétuer son autorité sous deux dénominations différentes, etn’en prît ombrage. Il avait aussi calculé qu’il était plus favo-rable pour lui de ne pas brusquer les choses, et d’attendrela mort de Dubois avant de remplir les fonctions ministé-rielles; il avait eu également la précaution de s’assurer auprèsde Chirac, le médecin ordinaire du cardinal, du nombre demois que pouvaient encore laisser à son précepteur les mala-dies honteuses dont il était dévoré.
L’infâme duc d’Orléans avait prévu, en donnant à laFrance un ministre comme Dubois, que son successeur, quelqu’il fût, ne pouvait qu’être bien accueilli par le peuple; etil se trouva que Philippe avait admirablement combiné sesplans. Mais Dieu avait décidé que lui aussi succomberait aumoment où il croirait toucher au but si ardemment désiré,si péniblement atteint. Des symptômes sinistres annonçaientles ravages qu’avaient faits dans tout son être les débaucheset les orgies; son teint était enflammé, ses yeux chargés desang. Le médecin Chirac dut le prévenir que s’il ne mettaitun terme à ses débordements, il courait risque de mourir