[XVIII.s.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 71
à la main du roi ne l’emportait sur elle en beauté, en grâceset en esprit ; mais son caractère altier lui fit perdre un trône.Elle n’ignorait point que les décisions de madame de Prieétaient toutes-puissantes sur le premier ministre, et qu elleallait lui devoir sa haute élévation ; néanmoins elle ne putprendre sur elle de cacher le mépris que lui inspirait lamaîtresse de son frère. La marquise s’étant présentée inco-gnito à son couvent pour la sonder sur ses dispositions à sonégard, mademoiselle de Yermandois eut l’imprudence de luidéclarer que si elle régnait sur la France , elle mettrait aunombre de ses devoirs d’exiler de la cour la favorite de sonfrère. La marquise, retenant à peine sa fureur, prit brus-quement congé de la jeune pensionnaire, et dit en s’éloi-gnant : « Ya, tu ne seras jamais reine. » Elle se mit aussitôten devoir de réaliser cette prédiction, et s’occupa de chercherune princesse si humble qu’elle dût lui être à jamais attachéepar la reconnaissance. Elle contraignit le duc de Bourbon àrenoncer aux prétentions qu’il avait pour sa sœur, et mêmeaux offres plus brillantes encore que lui faisait Catherine I re ,veuve de Pierre le Grand .
Au premier bruit du renvoi de l’infante d’Espagne , leprince Kourakin, ambassadeur de Russie en France , deconcert avec Campredon, ministre français à Saint-Péters-bourg , avait proposé pour le roi l’alliance de la jeuneElisabeth, seconde fille de la czarine, offrant en échange aupremier ministre de l’élever au trône de Pologne après lamort d’Auguste, qui gouvernait ce royaume sous le protec-torat de la Russie . La marquise de Prie, ne pouvant espérerqu’une fille de l’impérieux czar Pierre 1 er consentît à rester