[XVIII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 75
choses, que « fatigué de lutter contre des princes qui vou-» laient l’écarter de son maître pour s’approcher du trône,
» objet de leur secrète ambition, il allait enfin consacrer à» Dieu des jours qu’il aurait voulu employer entièrement au» service de son roi. » Il avait eu grand soin en même tempsd’indiquer qu’il se retirait à Issy , près Parisdans la com-munauté des sulpiciens.
Son départ ne causa d’abord aucune inquiétude au pre-mier ministre. Le jeune monarque parut charmé d’être dé-barrassé d’un censeur incommode; mais ensuite l’affaire pritune autre tournure. Le duc de Mortemart , qui était alorspremier gentilhomme et tout dévoué à Fleury, remit à samajesté une seconde lettre de l’évêque. Dans cette missive,le prélat avait habilement exprimé ses appréhensions pourune vie aussi précieuse à la France , et l’engageait à redoublerde précautions afin de déjouer les complots de ses ennemis.Ces prédictions vagues et mystérieuses d’un danger qui me-naçait sa personne portèrent une sorte d’effroi dans lamede Louis XY ; il pleura à sanglots, sans toutefois indiquerqu’il désirait le retour de son précepteur.
Le duc de Mortemart , qui Connaissait le contenu de lalettre, voyant l’impression qü’elle produisait sur ce cœurlâche et pusillanime, renchérit sur les termes de Fleury. Ilfit valoir les services passés du précepteur, la sollicitude dontil avait entouré sa jeunesse; il liii représenta que la conser-vation de sa couronne et même de sa vie dépendait de la vigi-lance de tous ceux qui l’entouraient; et lui dit tant de chosesà ce sujet, que Louis XV se décida à faire acte d’énergie,et à demander au ministre le rappel du prélat.