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HISTOIRE DES PAPES.
[XVI1I.S.]
Fleury revint «à Versailles avec une apparence de modestiehypocrite, sous laquelle on voyait percer l’orgueil du prêtre.Il ne voulut pas cependant accabler son ennemi dans le pre-mier moment du triomphe, et préféra attendre encore quel-ques mois pour mieux assurer sa vengeance; il feignit même,pour éloigner les soupçons du duc, de rechercher son amitiéet les bonnes grâces de la marquise de Prie. A son exemple,le roi dissimula, parut tout occupé du soin de plaire à lareine, de faire des parties de chasse à Chantilly, à Ram-bouillet , et abandonna la direction absolue du gouvernementet des négociations politiques.au premier ministre.
Celui-ci supposa qu’il avait réussi à intimider le prélat, etse regarda comme assuré à jamais dans son poste; il ne con-serva plus de mesure dans le luxe de ses fêtes, dans le scan-dale de ses orgies et dans l’impudence de ses spoliations.L’accaparement des grains fut poursuivi par les banquiersParis avec un redoublement d’activité, et bientôt le pain sevendit jusqu’à dix sous la livre. Des troubles s’ensuivirentdans plusieurs provinces; des émeutes eurent lieu à Paris ,à Rouen, à Caen , et troublèrent un instant les saturnales deChantilly ; mais le ministre eut bientôt rétabli le calme et misà la raison les populations affamées, en les faisant mitraillerpar les soldats.
Cet odieux triomphe, qui semblait devoir consolider lepouvoir de monseigneur le Duc, fut cependant la cause desa perte. L’évêque de Fréjus en prit occasion de protesterque de telles exactions finiraient par faire prendre le roi enexécration au peuple et compromettraient gravement sonautorité. Louis XV , qui depuis plusieurs mois cherchait un