[XVIII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 79
» tirez d’avoir élevé cet hypocrite. » Cette prédiction devaitse réaliser lorsque l’évêque parviendrait au ministère. Enattendant il ne changea rien à sa manière d’être, et continuaà voir l’archevêque de Paris comme par le passé, et à visiterassidûment les grands seigneurs. Saint-Simon donne l’ex-plication de cette sorte d’humilité en prétendant que l’ha-bitude de la bassesse était devenue pour Fleury une se- .conde nature. En effet, avant comme après son élévationau rang d’évêque, il continua à ramper devant les person-nages en crédit, à se glisser dans les ruelles, à se pousserdans les salons pour y trouver des protecteurs ou des pro-tectrices. Voulant éviter d'exciter la jalousie, il affecta demontrer une indifférence extrême pour les grandeurs, deblâmer la soif de l’or, des biens, des bénéfices, et il secondamna à vivre avec une grande parcimonie. La longuedurée de cette contrainte la lui avait rendue tellement natu-relle, que, maître par la suite de se procurer toutes lesjouissances de la vie, il se montra l'homme du monde quise souciait le plus du pouvoir et le moins des richesses qu’ilprocure, se bornant, dit l’un de ses panégyristes, au modesterevenu de deux cent cinquante mille livres, dont il donnait lequart aux pauvres.
Un de ses défauts qui causa le plus de mal à la France lorsqu’il devint ministre, lut son excessive vanité. Ce vieil-lard caduc, qui comptait alors soixante-treize ans accomplis,s’imaginait que toute l’Europe avait les regards fixés sur lui,et prenait les hommages, les avances, les louanges des am-bassadeurs et des souverains étrangers pour l’expressionréelle de l’estime qu’ils avaient conçue de sa personne. L’am-