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[XVIII. s.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 81

chelieu ou Mazarin , n’avait gouverné d’une manière aussientière, aussi absolue; jamais aucun souverain, pas mêmeLouis XIV , n’avait embrassé si pleinement, si despotique-ment, toutes les différentes parties de 1 administration de 1 e-tat et de la cour. Pendant dix-sept années il tint constammentles grands sous sa domination, sans que personne, ni princesni seigneurs, osassent proférer la moindre plainte. Il laissareparaître le duc du Maine à Versailles , mais en exigeant quesa femme prît l’engagement de renoncer pour toujours à sesprojets ambitieux; il permit au maréchal de Villeroy de quit-ter le lieu de son exil, mais il lui ménagea un mauvais accueilde la part du roi, pour lui enlever toute velléité d’élévation.

Il se montra plus sévère encore pour le duc de .Bourbon; ils’opposa constamment à ce qu’il pût se rapprocher de la mar-quise de Prie, et confina celle-ci dans un château qui lui ap-partenait, et où elle mourut au bout de quinze mois. 11 dé-pouilla Louis d’Orléans de sa charge de colonel général delinlanterie française; il supprima les pensions de mademoi-selle de Montpensier et de mademoiselle de Beaujolais, lesdeux plus jeunes filles du régent. 11 n’épargna même pas lareine: sous prétexte d’économie, il la restreignit jusque dansses aumônes ; et lorsque Marie Leczinska , entraînée par sabienfaisance, avait anticipé sur le payement de sa modestepension, il osait lui en faire des reproches. Mais le peuple,toujours judicieux dans ses affections comme dans ses haines,tenait compte à la reine du bien qu’elle faisait et de celuiqu’on l’empêchait de faire : par compensation il exécrait lecardinal Fleury.

La conduite du ministre justifiait pleinement les sentiments